Une étude de l’Institut d’émission des départements d’Outre-mer révèle l’ampleur de l’économie informelle en Guyane. En 2025, près de quatre habitants sur dix ont exercé une activité non déclarée, un phénomène qui témoigne à la fois des fragilités économiques du territoire et du manque de structuration de certains secteurs.
L’enquête, menée auprès de plus d’un millier de ménages, montre que dans près de 80 % des cas, ces activités non déclarées constituent un complément de revenu indispensable pour des familles confrontées à une situation financière difficile. La Guyane reste en effet marquée par une forte précarité, plus de la moitié de la population vivant sous le seuil de pauvreté.
Les femmes et les ressortissants étrangers sont particulièrement présents dans ces activités informelles. Les premières rencontrent souvent davantage de difficultés d’accès à l’emploi déclaré, tandis que les seconds se heurtent aux contraintes administratives liées à leur statut.
Une économie parallèle très ancrée dans le quotidien
Dans de nombreux secteurs de services, le travail non déclaré s’est installé durablement. Le bâtiment, l’entretien des espaces verts, la restauration ou encore la garde d’enfants figurent parmi les activités les plus concernées. Ce phénomène s’explique en partie par la taille limitée de l’économie formelle et par les difficultés d’accès à certains services administratifs.
La situation varie également selon les territoires. Dans l’ouest guyanais, plus éloigné de Cayenne et de ses structures administratives, l’informalité est particulièrement répandue. Près des trois quarts des personnes interrogées y déclarent avoir exercé une activité non déclarée, contre environ un quart dans l’agglomération cayennaise.
L’importance de l’argent liquide
L’ampleur de cette économie parallèle se reflète aussi dans la circulation très élevée d’argent liquide. Les émissions nettes de billets atteignent près de 20 000 euros par habitant en Guyane, contre environ 2 000 euros en moyenne dans l’Hexagone.
Selon les économistes, l’informalité dépasse largement le seul cadre du travail. Elle s’inscrit dans un mode de fonctionnement plus global, incluant l’habitat, les échanges locaux et l’autoconsommation, notamment dans les communes isolées.
Dans ce contexte, la structuration de l’économie, le développement des entreprises et le renforcement de l’activité formelle apparaissent comme des enjeux majeurs pour l’avenir de ce territoire français d’Amérique du Sud, où l’économie informelle reste aujourd’hui un élément central de la vie quotidienne.



