La pauvreté n’affecte pas seulement le niveau de vie, elle fragilise aussi les équilibres psychiques. C’est le constat dressé par Santé publique France dans une enquête consacrée aux inégalités de santé mentale dans l’agglomération de Cayenne. Les résultats confirment l’ampleur des troubles mentaux en Guyane et mettent en lumière un lien direct entre précarité sociale et souffrance psychologique.

Menée entre mars et août 2021 auprès de 881 adultes de plus de 17 ans résidant dans les six communes du centre littoral, l’étude s’appuie sur des données issues du programme national « Santé mentale en population générale ». Pilotée par le professeur Mathieu Nacher, elle visait à mesurer la prévalence des troubles mentaux et à analyser leur répartition selon les revenus, l’âge et le sexe. Les conclusions sont sans appel : en Guyane, la pauvreté demeure l’un des déterminants majeurs de la santé, y compris mentale.

La précarité, facteur aggravant de la dépression et des troubles sévères

Près de 17 % des personnes interrogées présentaient un épisode dépressif au moment de l’enquête, tandis que 8 % souffraient de dépressions récurrentes. À âge et sexe comparables, le risque de dépression est plus de deux fois supérieur chez les personnes disposant de moins de 840 euros de revenus mensuels. Les jeunes adultes et les femmes apparaissent particulièrement exposés, révélant une vulnérabilité accrue dans des contextes sociaux instables.

L’étude met également en évidence une prévalence élevée des psychoses, estimée à 5,5 %, là encore plus fréquente chez les personnes aux faibles revenus. Les syndromes de stress post-traumatique touchent majoritairement les femmes et les populations précaires, tandis que le risque suicidaire, bien que moins répandu, augmente de façon significative lorsque les ressources financières diminuent. Ces chiffres traduisent une réalité préoccupante dans un territoire déjà confronté à de lourds défis sociaux.

Un système de soins sous-utilisé face à des besoins massifs

Malgré l’ampleur des troubles identifiés, le recours aux soins reste très insuffisant. Seule une personne dépressive sur trois a consulté un professionnel de santé, et moins de 20 % suivent un traitement médicamenteux. Faute d’accès facilité aux dispositifs de soins, beaucoup se tournent vers la médecine traditionnelle ou un accompagnement religieux pour faire face à leur détresse.

Ces résultats soulignent une urgence claire : renforcer l’offre de soins psychiatriques et psychologiques, améliorer la prévention de proximité et réaffirmer le rôle de l’État dans l’égalité d’accès à la santé. En Guyane comme ailleurs, la lutte contre la pauvreté n’est pas seulement un enjeu économique ou social. Elle conditionne aussi la stabilité mentale des populations et, à terme, la cohésion de la société tout entière. Ignorer cette réalité, c’est accepter qu’une partie du territoire national demeure durablement fragilisée, au mépris des principes d’égalité et de solidarité républicaines.

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