Le procès pour harcèlement moral et sexuel présumé à l’hôpital de Capesterre Belle-Eau est entré dans sa phase décisive devant le tribunal judiciaire de Basse-Terre. Après la reprise de l’audience ce mardi 20 janvier, le parquet a requis des peines de prison ferme contre les deux prévenus, dénonçant un système de harcèlement installé au cœur même d’un établissement de soins.

Treize professionnelles de santé se sont constituées parties civiles dans ce dossier hors norme. À la barre, elles ont décrit un climat de travail profondément dégradé, fait d’humiliations, de pressions constantes, d’allusions sexuelles répétées et, pour certaines, de chantage explicite. Plusieurs ont également évoqué des représailles directes après avoir osé signaler les faits, allant jusqu’à une remise en cause de leur équilibre personnel et professionnel.

Deux hommes comparaissent devant la juridiction. Un ancien infirmier et un ancien cadre supérieur de santé, ce dernier étant soupçonné d’avoir abusé de son autorité hiérarchique pour sanctionner une infirmière à l’origine d’une plainte déposée en 2022. Des décisions managériales ciblées, changements d’horaires, réduction des effectifs, non-respect d’un mi-temps thérapeutique, auraient transformé le quotidien de la soignante en véritable enfer, avec des répercussions dénoncées jusque dans la prise en charge des patients.

Un système de harcèlement institutionnel dénoncé par le parquet

Dans un réquisitoire particulièrement ferme, le procureur de la République a parlé sans détour d’un harcèlement moral institutionnalisé et d’un harcèlement sexuel d’ambiance. Il a insisté sur la durée des faits, leur caractère répétitif et le déséquilibre de pouvoir au sein de l’établissement. Le ministère public a également évoqué la découverte d’un matelas dans le bureau de l’ancien cadre supérieur de santé, élément présenté comme révélateur de pratiques incompatibles avec la dignité du lieu et la mission de service public hospitalier.

Le parquet a interrogé la responsabilité des prévenus face aux souffrances endurées par les victimes, évoquant des vies familiales brisées et des années de silence imposé dans un environnement qui aurait dû être protecteur. Pour l’ancien infirmier, un an de prison ferme assorti de 5 000 euros d’amende a été requis. À l’encontre de l’ancien cadre supérieur de santé, poursuivi notamment pour abus d’autorité, le procureur a demandé deux ans de prison ferme et 15 000 euros d’amende.

Des faits contestés par la défense, un verdict attendu

Les avocats de la défense ont contesté l’ensemble des accusations, évoquant des décisions dictées par des contraintes budgétaires et des circonstances professionnelles ordinaires. Ils réfutent toute volonté de harceler ou de sanctionner les plaignantes, parlant d’interprétations excessives et de coïncidences.

Pour les parties civiles comme pour l’établissement hospitalier, ce procès dépasse le cadre individuel. Il pose la question de la protection des personnels soignants, de l’exemplarité de l’encadrement et du respect absolu de l’autorité légitime dans un hôpital, lieu qui doit rester sanctuarisé. Le tribunal a mis sa décision en délibéré. Le jugement sera rendu dans les prochaines semaines et sera scruté comme un signal fort attendu sur la tolérance zéro face aux dérives dans la fonction publique hospitalière.

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