Le gouvernement s’apprête à rendre un avis négatif sur la proposition de loi visant à rouvrir l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en Outre-mer. À la veille du débat au Sénat, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a tranché : Paris ne soutiendra pas ce texte porté par des sénateurs macronistes, dont plusieurs élus ultramarins.
Mercredi 28 janvier, la ministre a confirmé que l’exécutif s’opposerait officiellement à cette initiative parlementaire, examinée ce jeudi 29 janvier. Pour le gouvernement, soutenir une telle relance rendrait la position française “intenable” sur la scène internationale, alors que la France revendique un rôle moteur dans les coalitions climatiques et la sortie des énergies fossiles.
Le dossier sera défendu au Sénat par le ministre de l’Économie Roland Lescure, Bercy ayant d’ores et déjà fait savoir son hostilité à la proposition de loi.
Une fracture au sommet de l’État, au détriment des territoires
Ce nouvel épisode révèle surtout une fracture politique au sein même du gouvernement. Monique Barbut assume publiquement son désaccord avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, plus sensible aux arguments des élus ultramarins favorables à cette relance.
Les partisans du texte, notamment en Guyane, défendent l’idée d’un levier économique et stratégique : emplois, recettes, autonomie énergétique, attractivité. Mais pour la ministre de la Transition écologique, cette promesse ne repose que sur des hypothèses, tandis que les impacts environnementaux, eux, seraient immédiats.
Elle estime que la relance des hydrocarbures ne répond pas sérieusement aux besoins de développement, tout en exposant les écosystèmes ultramarins à des risques majeurs.
ONG mobilisées, élus ultramarins ignorés
Plusieurs ONG environnementales ont déjà tenté de peser sur le vote en alertant les sénateurs. Elles dénoncent une “promesse trompeuse et irresponsable”, jugeant incohérent de vouloir relancer les hydrocarbures alors que la France affiche une stratégie de sortie des fossiles.
Au fond, le signal politique envoyé est clair : au nom de l’affichage climatique, l’exécutif choisit de refermer le débat, y compris lorsque des territoires français, éloignés de l’Hexagone, cherchent des marges de manœuvre économiques.
Dans une période où la vie chère, le chômage et l’insécurité énergétique pèsent déjà lourdement sur les Outre-mer, la méthode interroge : Paris tranche, les territoires subissent.




