Mayotte offre un terrain de jeu exceptionnel aux explorateurs sous-marins : un immense lagon, une double barrière de corail et une biodiversité foisonnante. C’est précisément ce qui attire Gabriel Barathieu, photographe et président de l’association Deep Blue Exploration depuis 2019. Son objectif est clair : descendre là où presque personne ne va, vers ces zones profondes, difficiles d’accès, encore largement inexplorées, pour mieux comprendre et documenter les écosystèmes récifaux.
Plonger pour faire avancer la science
Deep Blue Exploration veut faire travailler ensemble plongeurs photographes naturalistes, scientifiques, artistes et auteurs de vulgarisation, pour explorer, étudier, sensibiliser et préserver les récifs. Gabriel Barathieu contribue notamment au programme Corcoma, qui suit l’évolution de la santé des récifs coralliens de Mayotte et s’intéresse au rôle possible de refuge des récifs profonds.
Cet effort est d’autant plus crucial que le milieu a subi de lourds chocs récents : un épisode de blanchissement sévère en 2024, puis un cyclone destructeur. Résultat : les plongées se multiplient pour rapporter des données, mais la réalité du terrain impose aussi des limites, car les protocoles scientifiques ne sont pas toujours compatibles avec un environnement aussi hostile.
Explorer les récifs profonds ne s’improvise pas. Il faut déjà un solide niveau de plongée, puis suivre une formation spécifique au recycleur, l’équipement qui permet de recycler l’air expiré et de rester en vie à grande profondeur. Une première qualification permet de descendre jusqu’à 70 mètres, une autre vise les 120 mètres, avec entre les deux un impératif : accumuler de l’expérience, souvent plusieurs centaines d’heures de plongée.
À cela s’ajoute une contrainte matérielle et financière : un recycleur représente un investissement important. Et même préparé, il reste une dimension décisive : le mental. À 120 mètres, la fenêtre d’exploration est courte, environ 15 minutes, mais la remontée impose près de trois heures de décompression, un temps long, solitaire, où la discipline conditionne la sécurité.
À ces profondeurs, chaque sortie est un saut dans l’inconnu. La zone est si exigeante qu’on n’y “profite” jamais vraiment, on y travaille, minute après minute, sur de petites portions de récif. Mais l’excitation est là : l’exploration permet de révéler l’invisible.
En collaborant avec la recherche, Gabriel Barathieu explique avoir contribué à identifier plusieurs espèces nouvelles, à élargir les aires de répartition et les profondeurs connues d’espèces déjà recensées, et à documenter de nombreuses espèces non référencées jusqu’ici à Mayotte, voire dans l’océan Indien. En janvier 2026, les plongeurs ont d’ailleurs lancé un inventaire des coraux profonds avec l’appui du biologiste marin Michel Pichon.
Cette logique se résume en une phrase qui guide la démarche : on ne protège bien que ce qu’on connaît bien. Et dans le lagon de Mayotte, la connaissance se gagne souvent au prix fort, là où la lumière décroît et où commencent les secrets.




