À l’Assemblée nationale, la députée polynésienne Mereana Reid Arbelot a interpellé le gouvernement sur les conditions d’attribution et de maintien de l’indemnité temporaire de retraite (ITR), dénonçant des procédures qu’elle qualifie d’« angoissantes et humiliantes » pour les retraités ultramarins de la fonction publique. En cause : un dispositif censé compenser la vie chère, mais dont l’application administrative est jugée de plus en plus injuste et déshumanisée.

L’ITR concerne les fonctionnaires retraités résidant dans six territoires : La Réunion, la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna, la Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon et Mayotte. Environ 39 000 personnes en bénéficient aujourd’hui, dont 5 000 en Polynésie. Ce complément de pension vise à corriger un déséquilibre évident : le coût de la vie y est souvent plus élevé qu’en métropole, alors même que les retraités n’ont pas la possibilité de “faire jouer la concurrence” comme ailleurs.

Mais l’élue polynésienne pointe un paradoxe devenu explosif : pour conserver cette indemnité, les bénéficiaires doivent prouver chaque année qu’ils résident bien sur leur territoire. La règle prévoit qu’ils ne peuvent s’absenter plus de 90 jours cumulés par an, sous peine de suspension de l’aide. Une limite jugée acceptable sur le principe, mais dont l’application concrète, dans des archipels éloignés et fragmentés, vire selon elle à la machine à soupçon.

Mereana Reid Arbelot critique notamment les justificatifs exigés, difficiles à obtenir sur des îles éloignées, et des suspensions déclenchées pour des éléments absurdes, comme une baisse de consommation électrique. Elle souligne aussi une réalité trop souvent ignorée depuis Paris : en Polynésie, changer d’île ou d’archipel peut signifier quitter sa maison sans quitter son territoire, ce que les procédures administratives ne prennent pas toujours en compte.

Une administration centralisée à 15 000 km : un non-sens ultramarin

L’autre point dénoncé est celui de la centralisation. Depuis la fermeture en 2023 du centre de gestion des retraites de Papeete, les retraités polynésiens doivent désormais s’adresser à un service basé à Rennes, à plus de 15 000 kilomètres. Une situation qui complique tout : délais, accès aux services, démarches numériques mal adaptées aux personnes âgées, et contacts téléphoniques rendus difficiles par le décalage horaire.

Sur ce sujet, la ministre chargée des Outre-mer, Naïma Moutchou, a reconnu que les procédures, désormais largement numérisées, sont particulièrement complexes pour les seniors. Elle a admis également les désagréments liés à la fermeture du centre de Papeete, notamment pour la communication et le suivi administratif.

Vers une réforme ? Une question de volonté politique

Face aux critiques, la ministre a proposé l’ouverture d’un travail interministériel avec les représentants ultramarins et les ministères concernés. Mais la députée polynésienne a rappelé l’essentiel : ces contrôles relèvent d’un décret, donc d’une décision politique modifiable. Autrement dit, le problème n’est pas technique, mais bien administratif et gouvernemental.

Derrière ce débat, c’est une question de respect et de cohérence républicaine qui se pose. Les retraités concernés ont servi l’État parfois toute leur vie. Ils ne demandent pas un privilège, mais une compensation justifiée par la réalité économique des territoires. Et surtout, ils demandent à ne plus être traités comme des suspects permanents, au nom d’un contrôle bureaucratique souvent déconnecté des réalités ultramarines.

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