Souvent présentée comme marginale dans les statistiques nationales, l’industrie navale des Outre-mer n’en demeure pas moins un pilier stratégique de la France maritime. Les données 2026 du Cahier du Maritime dans les Territoires, publiées par le GICAN, rappellent une réalité trop souvent ignorée : avec 97 % de la zone économique exclusive française située outre-mer, c’est bien depuis ces territoires que s’exerce l’essentiel de la souveraineté maritime nationale. L’enjeu n’est donc pas seulement économique, il est pleinement régalien.
Certes, les chiffres sont modestes : environ 300 emplois directs, une vingtaine d’établissements et 42 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais réduire l’industrie navale ultramarine à ces volumes serait une erreur d’analyse. Dans les Antilles, en Guyane, dans l’océan Indien et le Pacifique, les chantiers de réparation, de maintenance et de soutien aux flottes assurent la continuité opérationnelle des navires civils et militaires, condition indispensable à la présence de l’État en mer, à la lutte contre les trafics, à la surveillance des pêches et à la protection des ressources.
De la Polynésie française à La Réunion, en passant par la Nouvelle-Calédonie et la Martinique, les exemples concrets abondent : soutien à la filière thonière, carénage des navires hauturiers, entretien des bâtiments de l’État, accompagnement des flottes professionnelles. Ces activités, souvent portées par des PME locales, participent à la réindustrialisation, à la montée en compétences et à l’ancrage économique des territoires. Elles démontrent que l’industrie navale n’est pas un reliquat du passé, mais un levier d’avenir.
Dans un contexte de concurrence internationale accrue et de tensions maritimes croissantes, la France ne peut se permettre de négliger ses Outre-mer. Célébrer les 400 ans de la Marine nationale en 2026 n’a de sens que si l’on assume pleinement cette évidence : sans les territoires ultramarins, il n’y a ni deuxième espace maritime mondial, ni puissance navale crédible. Loin des discours victimaires, l’industrie navale outre-mer incarne une France présente, utile et souveraine sur tous les océans.




