À l’occasion de la Journée mondiale des communications sociales, le pape Léon XIV a lancé une nouvelle mise en garde solennelle contre les dérives de l’intelligence artificielle. Sans rejeter le progrès technologique, le souverain pontife s’inquiète d’un pouvoir devenu invisible, concentré entre quelques grandes entreprises, et susceptible d’influencer profondément les consciences.

Depuis son élection en mai dernier, Léon XIV n’a cessé de rappeler que l’innovation ne saurait se substituer à la responsabilité morale. Dans son message, il pointe l’opacité croissante des algorithmes qui régissent les outils d’IA, en particulier les chatbots reposant sur de grands modèles de langage. Ces systèmes, explique-t-il, ne produisent pas une connaissance authentique, mais des probabilités statistiques présentées comme des vérités, au risque de brouiller le rapport au réel.

Le pape souligne que ces technologies sont façonnées par la vision du monde de leurs concepteurs. Elles tendent ainsi à reproduire, voire à amplifier, des biais idéologiques, culturels ou sociaux déjà présents dans les données qu’elles exploitent. Un phénomène d’autant plus préoccupant que ces outils sont capables d’une persuasion discrète, parfois imperceptible, qui agit sur les représentations et les comportements.

Gouverner la technologie plutôt que la subir

Léon XIV exprime également une inquiétude majeure face à la concentration du pouvoir technologique. Derrière cette force qu’il qualifie d’énorme et invisible, se trouvent selon lui un nombre très restreint d’acteurs privés, capables d’exercer un contrôle quasi oligopolistique sur l’intelligence artificielle. Une situation qui interroge directement la souveraineté des États, la liberté des peuples et la capacité des sociétés à préserver leur pluralisme.

Pour le Saint-Père, l’enjeu n’est pas d’entraver le progrès, mais de l’encadrer. Il appelle à une gouvernance claire de l’IA, fondée sur la conscience de son ambivalence et sur le primat de l’homme sur la machine. Cette exigence passe notamment par un effort massif d’éducation, afin de permettre aux citoyens de comprendre comment les algorithmes influencent leur perception du monde.

Dans la continuité de ses précédentes prises de position, Léon XIV rappelle enfin que certaines lignes ne doivent pas être franchies, notamment dans le domaine militaire. Confier à des machines des décisions engageant la vie ou la mort constitue, selon lui, une dérive grave, porteuse d’une déshumanisation incompatible avec la dignité de la personne.

Par cette parole ferme et structurée, le pape s’inscrit dans une tradition chrétienne de vigilance face aux puissances techniques, appelant les nations à exercer leur autorité légitime pour que le progrès demeure au service de l’homme, et non l’inverse.

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