À 38 ans, Kelly Rangama, cheffe du restaurant étoilé Le Faham à Paris, s’apprête à être élevée au grade de chevalier de l’Ordre national du Mérite. Une distinction rare dans le monde de la gastronomie, qu’elle dit avoir reçue avec stupéfaction, n’ayant entrepris aucune démarche personnelle pour être décorée.
Déjà remarquée en 2020, lorsqu’elle décroche une étoile Michelin seulement sept mois après l’ouverture de son établissement, l’ancienne animatrice télé et figure de concours culinaires confirme, six ans plus tard, un parcours exceptionnel. Pour elle, cette nouvelle reconnaissance dépasse le cadre des guides gastronomiques : elle incarne la République, et donc une forme de légitimité nationale.
La cheffe revendique, au Faham, une signature claire : faire entrer les Outre-mer dans l’assiette française. Épices, aromates, produits tropicaux ou insulaires viennent “pimper” la cuisine traditionnelle, selon ses propres mots, sans renier les saisons ni les codes du terroir métropolitain. Truffe, cèpes ou Saint-Jacques se marient ainsi avec combava réunionnais, bois d’Inde antillais ou inspirations venues de Tahiti, Mayotte et de l’ensemble des territoires français ultramarins.
Ce travail de valorisation est aussi un rappel utile : les Outre-mer ne sont pas une périphérie folklorique, mais une richesse française concrète, culturelle et économique, encore trop souvent sous-exploitée. Kelly Rangama le souligne elle-même : l’obstacle reste logistique, entre distance, coût, exportation et frais d’envoi, qui pénalisent la mise en avant régulière de ces produits sur le marché national.
Aucune date n’a encore été annoncée pour la cérémonie officielle. Mais la cheffe, fidèle à son style, promet déjà une célébration “dans les règles de l’art”. Et, évidemment, un repas à la hauteur.




