L’Ifremer annonce le déploiement des deux premiers flotteurs français capables de descendre à 6 000 mètres de profondeur, dans le cadre du réseau mondial Argo. De longs tubes autonomes, surmontés d’une antenne, conçus pour mesurer au plus près des abysses les signaux du climat : température, salinité, oxygène et pression. Un cap technologique majeur, qui place la France dans le cercle très fermé des pays capables d’opérer à de telles profondeurs, derrière les États-Unis et la Chine.
Des robots autonomes, un cycle de dix jours, des données envoyées par satellite
Ces flotteurs “profileurs” fonctionnent sur un cycle répété : ils plongent, restent en profondeur, puis remontent lentement vers la surface en enregistrant les données physico-chimiques couche par couche. Une fois à l’air libre, ils transmettent leurs mesures par satellite avant de repartir pour un nouveau cycle. Objectif affiché : mieux comprendre les courants océaniques et, surtout, suivre le réchauffement jusque dans les profondeurs extrêmes, là où l’océan stocke une part décisive de la chaleur excédentaire de la planète.
Lancé au début des années 2000, le programme Argo s’appuie aujourd’hui sur environ 4 000 flotteurs dérivants répartis sur l’ensemble des océans. Une trentaine de pays contribuent à ce réseau, devenu une référence de la recherche climatique et océanographique. Fin 2025, la France opère déjà plus de 300 flotteurs, ce qui la place au deuxième rang mondial derrière les États-Unis.
L’Ifremer prévoit de renforcer la flotte nationale avec 30 nouveaux flotteurs capables de résister aux pressions titanesques des abysses d’ici à 2028, avec un déploiement annoncé en priorité dans l’Atlantique Nord. Chaque unité coûte autour de 80 000 euros, un investissement assumé pour densifier l’observation et consolider les politiques d’adaptation face à un climat qui change plus vite que les infrastructures.
Avec ces premiers flotteurs “grand fond”, la France se dote d’outils de souveraineté scientifique et d’un levier concret pour documenter, preuves à l’appui, ce qui se joue sous la surface : l’océan, régulateur vital, est aussi le thermomètre implacable de notre époque.




