La cour d’assises de Saint-Denis a condamné ce mercredi 28 janvier un éducateur spécialisé de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), âgé de 57 ans, à 18 ans de réclusion criminelle pour des viols et agressions sexuelles commis sur plusieurs mineurs dont il avait la responsabilité. Une peine lourde, assortie de 7 ans de suivi sociojudiciaire, qui sanctionne une trahison d’autant plus grave qu’elle a été commise dans un cadre d’autorité, de protection et de confiance.

L’homme était jugé depuis trois jours. Il apparaissait, selon plusieurs témoignages évoqués à l’audience, comme une figure reconnue du service : un éducateur respecté, un professionnel de terrain, en qui des jeunes fragiles plaçaient une confiance naturelle.

Une peine conforme aux réquisitions, un risque de récidive jugé sérieux

Les magistrats ont suivi les réquisitions de l’avocat général, qui avait demandé 18 ans de réclusion criminelle, dont 9 ans de période de sûreté, en estimant que le risque de récidive ne pouvait être écarté. Le parquet a notamment souligné l’absence d’empathie de l’accusé envers ses victimes pendant le procès, ses réactions émotionnelles apparaissant davantage centrées sur son propre sort que sur la souffrance infligée.

Au cours des débats, l’accusé avait longtemps tenté de minimiser les faits, allant jusqu’à suggérer que certains mineurs auraient pu être consentants. Un argument rejeté frontalement, le droit étant clair : un mineur de moins de 15 ans ne peut consentir à un acte sexuel, et la relation d’autorité aggrave encore la gravité des actes.

Dans sa dernière prise de parole, la voix nouée, l’éducateur a fini par reconnaître sa responsabilité et présenter des excuses aux victimes, à ses collègues et à l’institution, admettant avoir « trahi la confiance » de tous. Mais cette posture tardive n’a pas convaincu la cour.

Injonction de soins, interdiction de contact avec les mineurs et inscription au fichier des délinquants sexuels

Outre la peine principale, la condamnation comprend un encadrement strict : injonction de soins, interdiction de tout contact avec des mineurs, inscription au fichier des auteurs d’infractions sexuelles et interdiction d’exercer toute fonction en lien avec des mineurs.

En cas de non-respect du suivi sociojudiciaire, l’accusé s’expose à une peine supplémentaire pouvant aller jusqu’à cinq ans.

Il a par ailleurs indiqué ne pas vouloir faire appel.

Les parties civiles ont décrit des faits particulièrement lourds, survenus sur une longue période, avec des actes imposés, humiliants et parfois douloureux. Il a également été question de paiements versés à certains mineurs, ce qui, selon les avocats, s’apparente à un mécanisme d’emprise et à une forme de prostitution déguisée sur des jeunes vulnérables.

Le dossier a pu être révélé grâce au courage d’une victime qui a parlé à sa mère, déclenchant une plainte et l’ouverture de l’enquête. Plusieurs témoignages évoquent des conséquences psychologiques profondes : détresse, pensées suicidaires, et une vie bouleversée durablement.

La PJJ contrainte de reconnaître une faillite

Fait notable : la PJJ a présenté des excuses dans une lettre, qualifiant les faits d’« intolérables » et reconnaissant un échec institutionnel, alors même que la démarche de protection et de dénonciation a été portée par la famille de la victime.

Cette affaire rappelle brutalement une réalité : lorsque l’autorité publique faillit, ce sont les plus fragiles qui paient le prix fort. Et lorsqu’un agent censé protéger devient prédateur, c’est toute la confiance dans l’État qui est atteinte.

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