La Réunion perd l’un de ses artistes les plus attachants. Joël Manglou, musicien, chanteur et défenseur infatigable de la culture réunionnaise, est décédé dans la nuit du samedi 3 au dimanche 4 octobre à l’âge de 68 ans. Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages affluent de toutes parts, du monde artistique comme des institutions et du public.

Né le 14 juin 1958 à Sainte-Suzanne au sein d’une fratrie de neuf enfants, Joël Manglou s’était très tôt tourné vers les arts de la scène. Multi-instrumentiste, il pratiquait notamment l’accordéon, la guitare, le violon et les percussions, mais son univers dépassait largement la seule musique. La danse, la peinture, la sculpture, l’agriculture ou encore la cuisine faisaient aussi partie de ses passions.

Il s’était imposé dans le paysage musical réunionnais à travers plusieurs formations importantes. Il avait notamment participé à l’aventure de Kalou Pilé, menée autour de René Micaud et Jacqueline Farreyrol, avant de rejoindre Mascareignas, fondé par Jacques Chateauvieux. Il avait également développé une carrière en solo.

Une vie consacrée à la transmission de la culture réunionnaise

Joël Manglou était profondément attaché à La Réunion et à son identité créole. Il revendiquait volontiers le métissage de son histoire familiale, entre ascendances bretonne, indienne et malgache, qu’il considérait comme une richesse plutôt que comme une opposition entre différentes appartenances.

Cette vision se retrouvait dans son rapport à la musique et à la culture. L’artiste défendait une Réunion ouverte sur le monde sans renoncer à ses traditions, à sa langue et à ses racines.

Ses proches décrivent un homme à la fois exigeant, chaleureux et généreux. Jacqueline Farreyrol, qui l’avait côtoyé à l’époque de Kalou Pilé, a rappelé son tempérament de meneur et sa capacité à rassembler autour de lui. Le groupe s’était d’ailleurs reformé en 2025 pour une série de concerts, renouant avec un public resté fidèle plusieurs décennies après ses premières années.

Au-delà de la scène, Joël Manglou entretenait un rapport direct avec les Réunionnais. Il rejetait volontiers les codes du vedettariat au profit d’une proximité plus simple avec le public. Cette philosophie se retrouvait notamment à la ferme-auberge Belle Ombre, à Champ-Borne, à Saint-André, où il accueillait régulièrement visiteurs et amis.

Une disparition qui provoque une vague d’hommages

Joël Manglou ne limitait pas son engagement à la culture. Titulaire d’un diplôme d’éducateur sportif et d’accompagnateur de tourisme équestre, il était également investi dans plusieurs initiatives associatives et solidaires.

Il avait notamment participé dès 2011 au projet musical « Aid a li », destiné à mobiliser des artistes réunionnais autour de la lutte contre la grande précarité. Il avait aussi collaboré avec Emmaüs et l’association La main qui étreint.

Son décès a suscité une forte émotion ce dimanche. De nombreux artistes se sont réunis à Prima pour une veillée musicale organisée en sa mémoire, tandis que les témoignages se multipliaient sur les réseaux sociaux.

Les responsables institutionnels ont également réagi. La présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, a salué une figure ayant consacré une large partie de sa vie à faire vivre les musiques, la langue créole et les traditions réunionnaises. Le président du Département, Cyrille Melchior, a de son côté rappelé l’impact de ses chansons sur plusieurs générations et son engagement constant pour la valorisation du patrimoine culturel de l’île.

Joël Manglou laisse derrière lui bien davantage qu’une discographie. Son parcours incarne une culture réunionnaise populaire, enracinée et tournée vers la transmission. Sa disparition referme une page importante de l’histoire artistique locale, mais son héritage continuera de vivre à travers les musiciens qu’il a côtoyés, les publics qu’il a touchés et les traditions qu’il a contribué à faire connaître.

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