À La Réunion, l’accès des adultes à la formation professionnelle reste très en retrait par rapport à la France hexagonale. Une étude récente de l’Insee, portant sur les années 2022 et 2023, met en lumière un retard structurel préoccupant, tant en matière de formation continue que de niveau de qualification, avec des conséquences directes sur l’emploi et la compétitivité du territoire.
Selon l’Insee, seuls 31 % des Réunionnais âgés de 18 à 69 ans ayant achevé leur formation initiale ont suivi une formation au cours de l’année 2022. En France hexagonale, cette proportion atteint 47 %. L’écart est particulièrement marqué chez les jeunes adultes : à La Réunion, les moins de 35 ans se forment moins que les 35-44 ans, une tendance inverse de celle observée dans l’Hexagone.
Si La Réunion se situe dans la moyenne des autres départements et régions d’Outre-mer, elle demeure en retrait à l’échelle nationale et européenne. Le territoire occupe ainsi la 9e place parmi les 23 régions insulaires de l’Union européenne en matière d’accès à la formation, loin derrière les régions métropolitaines les plus dynamiques.
Un déficit de qualifications qui pénalise durablement l’emploi
Le principal facteur explicatif reste le niveau de diplôme. À La Réunion, 34 % des adultes n’ont aucun diplôme, contre seulement 14 % dans l’Hexagone. Ce handicap pèse lourdement sur l’accès à la formation : seuls 13 % des non-diplômés réunionnais suivent une formation chaque année, contre 19 % en métropole. Même à diplôme équivalent, les habitants de l’île accèdent moins souvent à la formation que leurs compatriotes hexagonaux.
Les écarts sont également très marqués selon la situation professionnelle. Parmi les personnes en emploi, 44 % ont suivi une formation sur l’année, contre 57 % en France hexagonale. Le décrochage est encore plus net pour les chômeurs et les inactifs. Le secteur public, mieux structuré, reste le principal moteur de la formation, avec un taux d’accès nettement supérieur à celui du secteur privé, même si l’écart y est moins prononcé qu’en métropole.
L’Insee souligne enfin plusieurs freins structurels propres au territoire : faible présence de cadres, tissu économique peu tourné vers les secteurs fortement formateurs, difficultés persistantes de maîtrise de l’écrit en français et contraintes liées à l’insularité. La formation à distance, pourtant en plein essor dans l’Hexagone, reste sous-utilisée à La Réunion, notamment pour les demandeurs d’emploi.
Ce constat met en évidence un enjeu stratégique majeur pour l’avenir de l’île. Sans un effort massif de montée en compétences, appuyé par l’État, les collectivités et les acteurs économiques, La Réunion risque de voir se creuser durablement l’écart avec l’Hexagone, au détriment de l’emploi, de l’attractivité et du développement économique.




