La littérature du Pacifique perd l’une de ses figures les plus marquantes. La romancière et poétesse samoane Sia Figiel est décédée à l’âge de 59 ans, après avoir été retrouvée sans vie dans sa cellule de la prison de Tanumalala, aux Samoa, lundi 26 janvier. L’écrivaine était incarcérée depuis 2024, dans l’attente du verdict d’un procès pour meurtre, lié à la mort présumée de la professeure Caroline Sinavaiana-Gabbard.
L’annonce, confirmée par la police, a provoqué une onde de choc dans le monde culturel océanien, où Sia Figiel était reconnue comme une autrice majeure, traduite et publiée en français chez Actes Sud et Au vent des îles. Pour Christian Robert, fondateur de la maison d’édition polynésienne, l’émotion reste vive malgré le contexte judiciaire : il estime que Sia Figiel « restera un écrivain majeur du Pacifique », tout en rappelant le drame survenu deux ans plus tôt, qui avait profondément secoué la région.
Une œuvre puissante, traduite et reconnue en français
Découverte par l’écrivain Albert Wendt, autre grande figure samoane, Sia Figiel s’était imposée comme une voix rare : libre, frontale, poétique. Plusieurs de ses romans ont été traduits en français sous l’impulsion de Marc de Gouvenain chez Actes Sud, dont La Petite Fille dans le cercle de la lune, L’Île sous la lune et Le Tatouage inachevé, traduits par Céline Schwaller.
En 2020, les éditions Au vent des îles avaient publié son dernier roman, Freelove, traduit par Mireille Vignol, confirmant l’intérêt durable du lectorat francophone pour cette écriture venue d’Océanie, souvent ignorée des grands circuits médiatiques parisiens.
Sia Figiel écrivait avec une force singulière, puisée dans une enfance marquée par la violence. Ses textes abordaient sans détour les fractures sociales et familiales : rapports hommes-femmes, pauvreté, inceste, domination, poids des religions. Une littérature de vérité, parfois dérangeante, qui a contribué à briser des tabous dans une société samoane encore très corsetée par les normes morales et communautaires.
Maladie mentale, chute personnelle et film documentaire attendu au Fifo
La trajectoire de Sia Figiel a aussi été marquée par un combat intime. Pendant huit ans, la documentariste Kimberlee Bassford a suivi l’autrice dans sa lutte contre la maladie mentale, jusqu’au basculement dramatique. Ce travail a donné naissance au film Before the Moon Falls, qui doit être projeté au Fifo, en sélection officielle, du 6 au 15 février.
La disparition de Sia Figiel laisse un vide immense : celui d’une autrice qui portait une parole océanienne indépendante, féminine et dérangeante, à rebours des récits convenus. Mais elle laisse aussi une œuvre, désormais indissociable d’une fin tragique, qui continuera de résonner bien au-delà des Samoa et de la Polynésie.




