La présidente du Conseil national de l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes, Pascale Mathieu, effectue une visite d’une semaine en Guyane afin d’échanger avec les professionnels du territoire, confrontés à une pénurie persistante et à de fortes difficultés d’attractivité. En déplacement depuis le 31 janvier, elle s’est notamment rendue à Saint-Laurent du Maroni, dans l’Ouest guyanais, où elle a rencontré des kinésithérapeutes libéraux et salariés.
Sur place, les constats sont préoccupants : au CHU de l’Ouest, les professionnels dénoncent un turn-over important, signe d’une installation souvent provisoire et d’un manque de stabilité des équipes. « On s’est rendu compte que le bureau national n’avait pas la même vision », souligne Anicette Sulbert, présidente de l’Ordre départemental des masseurs-kinésithérapeutes en Guyane, illustrant un décalage entre les réalités du terrain ultramarin et les perceptions métropolitaines.
La situation est particulièrement tendue à Saint-Laurent du Maroni, où l’offre libérale se résume à un seul cabinet, complété par « quelques salariés », ce qui est largement insuffisant au regard des besoins. Plus grave encore, certaines communes comme Sinnamary ne disposent d’aucun kinésithérapeute : les patients sont contraints de se déplacer jusqu’à Kourou, aggravant les inégalités d’accès aux soins. Le centre littoral concentre davantage de cabinets, mais ne compense pas le déficit global d’une offre équilibrée sur l’ensemble du territoire.
Selon Anicette Sulbert, la Guyane compte officiellement environ 160 kinésithérapeutes inscrits, mais en réalité près de 140 exercent effectivement. Le chiffre parle de lui-même : on estime à 30 kinésithérapeutes pour 100 000 habitants en Guyane, contre environ 100 pour 100 000 au niveau national. Un écart massif, qui explique la saturation des structures et les délais d’attente pour les patients.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est celui de la pérennisation. « La grande difficulté en Guyane, c’est de pérenniser la venue de ceux qui veulent travailler », résume la responsable locale, tout en rappelant qu’une installation durable reste possible. Le problème est aussi générationnel : certains Guyanais diplômés reviennent exercer sur leur territoire, mais beaucoup choisissent de rester dans l’Hexagone, où les conditions d’exercice, d’équipement et de stabilité sont souvent plus attractives. Une réalité qui pose, une fois de plus, la question de l’égalité concrète des territoires français face à l’accès aux soins.




