Interpellé lors d’une manifestation agricole organisée à Paris, le président de la Chambre d’agriculture de Guyane, Jean-Yves Tarcy, a quitté ce jeudi à la mi-journée le commissariat du 13e arrondissement où il était retenu depuis la veille. Une séquence révélatrice des tensions actuelles autour du monde agricole, mais aussi des dérives d’une mobilisation instrumentalisée par certains syndicats.

Jean-Yves Tarcy avait été placé en garde à vue le 14 janvier, à la suite d’une action menée dans les rues de la capitale à l’appel de la Confédération paysanne. Une centaine de manifestants avaient pénétré dans une annexe du ministère de l’Agriculture et déployé une banderole revendicative. Au total, 52 personnes, dont plusieurs agriculteurs ultramarins, avaient été interpellées.

Une action symbolique aux contours politiques assumés

À sa sortie du commissariat, le responsable agricole guyanais a justifié sa participation par une volonté d’alerter sur l’avenir du programme POSEI, essentiel au soutien des agricultures ultramarines. Il a plaidé pour un maintien du dispositif, tout en appelant à une répartition plus équitable des aides entre les filières. Un discours qui, sous couvert de justice économique, s’inscrit dans une logique de contestation portée par un syndicat historiquement marqué à gauche.

Jean-Yves Tarcy a également évoqué la question du Mercosur, dénonçant l’impact croissant des importations sud-américaines, notamment brésiliennes, sur l’agriculture guyanaise. Un sujet légitime, mais qui mérite d’être traité dans un cadre institutionnel et stratégique, plutôt que par des actions de force à Paris, loin des réalités locales et des responsabilités nationales.

Soutiens locaux et appel au calme en Guyane

Parmi les personnes interpellées figurait également Irina Bernard, vice-présidente de la Chambre d’agriculture de Guyane, retenue dans un autre commissariat. Elle a exprimé son incompréhension face à une mesure qu’elle juge disproportionnée, tout en soulignant la rudesse de la garde à vue.

En Guyane, plusieurs réactions de soutien ont été exprimées, notamment par des représentants syndicaux agricoles et des responsables politiques. Le président de la Collectivité territoriale de Guyane, Gabriel Serville, a pour sa part appelé à l’apaisement, rappelant la nécessité de préserver le dialogue et la stabilité.

Cet épisode met une nouvelle fois en lumière les fractures du monde agricole, mais aussi les risques d’une contestation brouillonne, trop souvent récupérée par des organisations hostiles à l’autorité de l’État et aux équilibres économiques. À l’heure où l’agriculture ultramarine a besoin de clarté, d’investissements et de protection dans le cadre national, la responsabilité doit primer sur l’agitation.

Privacy Preference Center