Dix-sept ans après l’enlèvement et l’assassinat de Marion Genin, la cour d’assises de Martinique rouvre un dossier emblématique. Ce mercredi 28 janvier, Fabian Chérubin, ressortissant de Sainte-Lucie, a comparu en personne, mettant fin à des années de procédure marquées par son absence lors d’un premier jugement. Dès l’ouverture, l’audience a pris un tour lourd, dominé par l’analyse de la personnalité de l’accusé et la douleur intacte des proches de la victime.
Dans le box, l’homme est apparu calme, figé derrière la vitre, suivant les échanges grâce à une traduction. En face, la famille Genin, visiblement éprouvée, a revécu une confrontation qu’elle n’avait jamais réellement obtenue lors du procès précédent. Le contraste, saisissant, a donné le ton d’une première journée tendue.
L’accusé a présenté ses condoléances, tout en niant toute participation directe à l’enlèvement et au meurtre. Il admettrait en revanche un rôle dans la dissimulation du corps, cherchant ainsi à se placer dans une implication “secondaire”, à rebours de la gravité du dossier.
Un procès recommencé à zéro, une souffrance rouverte
Ce procès n’est pas une simple “suite” judiciaire : il recommence entièrement. Condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité lors du précédent jugement, Fabian Chérubin a fait opposition, ce qui entraîne un nouveau procès intégral.
Pour la partie civile, cette mécanique judiciaire, parfaitement légale, n’en est pas moins brutale. L’avocate de la famille, Me Cécile de Olivera, a rappelé que cette audience réactive un traumatisme jamais refermé. Le sentiment d’injustice demeure, notamment parce que l’accusé n’avait pas affronté la cour lors du premier procès.
C’est aussi une question d’autorité : dans une société où l’insécurité et la violence pèsent, l’attente est forte autour d’une justice ferme, claire, lisible, qui protège les innocents et sanctionne les criminels.
La personnalité de l’accusé au cœur du premier jour
Avant d’entrer dans le récit du crime, le président de la cour a organisé la première journée autour de l’examen de la personnalité. Une phase décisive : elle vise à comprendre le parcours, les choix, l’entourage, le degré d’implication et la logique criminelle.
L’avocat de l’accusé, Me Louis-Philippe Sutty, a insisté sur la nécessité que son client “s’explique” et assume ce qu’il reconnaît. La défense évoque une organisation criminelle, où chacun aurait eu un rôle. Une manière de diluer la responsabilité, tout en tentant d’obtenir une condamnation moins lourde.
Mais dans ce type d’affaires, l’opinion attend une chose : que la vérité soit dite, et que la responsabilité ne soit pas fragmentée au point de devenir insaisissable.
Des témoignages familiaux qui s’annoncent éprouvants
Les débats doivent se poursuivre sur cinq jours. Dès l’après-midi, les auditions de proches de Marion Genin (frère, sœur, ancien compagnon) sont attendues comme un moment de vérité humaine, mais aussi de douleur.
Car au-delà du dossier pénal, ce procès est un rappel : derrière chaque crime, il y a une vie brisée, une famille détruite, et une société qui réclame de l’ordre, de la justice et des réponses.
Le corps de Marion Genin avait été retrouvé à Sainte-Luce. Elle avait été égorgée et frappée. Trois des quatre accusés ont déjà été condamnés à perpétuité en décembre 2022. Fabian Chérubin, lui, comparaît cette fois en personne.




