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Longtemps cantonné aux marges et parfois censuré, le shatta s’est imposé en quelques années comme un courant musical incontournable, bien au-delà des Antilles. Né en Martinique et en Guadeloupe à la fin des années 2000, ce sous-genre du dance-hall s’est d’abord développé dans les quartiers et les lycées, avant de s’exporter vers l’Hexagone et les grandes scènes culturelles. En 2025, il franchit un cap symbolique avec la reconnaissance de médias nationaux et la présence d’artistes ultramarins dans des lieux emblématiques de la culture française.

Une expression festive devenue revendication

Issu du dance-hall jamaïcain, le shatta s’en distingue par l’intégration de rythmes et de références locales comme le bèlè, le gwo-ka ou la mazurka, ainsi que par une énergie très orientée vers la fête et la danse. Pour ses acteurs, il ne s’agit pas seulement d’un style musical mais d’un état d’esprit, assumé, direct et parfois dérangeant. Les paroles crues et les chorégraphies suggestives ont suscité de vives polémiques, allant jusqu’à l’interdiction de certaines images à l’antenne en 2023, au nom de la protection du public.

Au cœur de cette dynamique se trouvent de nombreuses artistes féminines, dont la Martiniquaise Maureen, devenue l’une des figures majeures du mouvement. Dans un univers longtemps dominé par les hommes, ces femmes revendiquent désormais le contrôle de leur image et de leur discours. Pour elles, le shatta permet d’aborder sans détour les rapports de domination, la sexualité et les violences subies, dans une logique d’affirmation et de liberté. « Le shatta, c’est notre façon de libérer beaucoup de choses que nous avons subies », résume Maureen, soulignant le double standard qui continue de frapper les femmes lorsqu’elles s’expriment de manière explicite.

L’année 2025 marque un tournant avec l’essor du shatta sur les grandes scènes françaises et européennes. Des défilés de mode internationaux, des festivals majeurs et même le Centre Pompidou ont accueilli cette musique née dans les Outre-mer, confirmant son intégration progressive au paysage culturel national. Cette trajectoire rappelle celle du zouk avant lui, parti des territoires ultramarins pour devenir un marqueur de la diversité musicale française.

Si le shatta continue de diviser, son succès croissant témoigne d’une vitalité culturelle ultramarine qui s’impose sans renier ses racines. Entre fête, provocation et revendication identitaire, il illustre la capacité des Outre-mer à enrichir la culture française contemporaine, en assumant des formes d’expression parfois dérangeantes mais profondément ancrées dans le réel.

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