La pression migratoire change de visage à Mayotte, territoire français déjà confronté à une saturation chronique de ses capacités d’accueil. Les ressortissants de la République démocratique du Congo sont désormais la première nationalité parmi les primo-demandeurs d’asile enregistrés sur l’île. Selon les données de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, plus de la moitié des premières demandes déposées en 2024 proviennent de Congolais, reléguant les Comoriens, historiquement majoritaires, au second rang.
Cette évolution marque l’émergence d’une nouvelle route migratoire vers le 101e département français, à des milliers de kilomètres des zones de conflit d’Afrique centrale. En 2021, l’asile à Mayotte concernait essentiellement des ressortissants comoriens. Trois ans plus tard, les arrivées depuis la région des Grands Lacs africains dominent largement, dans un contexte de violences persistantes à l’est de la RDC et d’instabilité régionale durable.
Faute de structures d’hébergement suffisantes, ces demandeurs d’asile vivent majoritairement dans des camps de fortune installés aux abords des routes, dans la mangrove ou à proximité d’infrastructures publiques. À Tsoundzou, Cavani ou Sada, des centaines de personnes survivent sous des abris précaires, sans accès régulier à l’eau, à l’électricité ou à une alimentation suffisante. Cette situation alimente des tensions croissantes avec la population locale, elle-même confrontée à une pénurie de logements, à une insécurité persistante et à une pression sur les services publics.
Les délais administratifs aggravent encore cette précarité. Les blocages répétés des services de l’État, notamment ceux chargés de l’immigration, ont retardé l’enregistrement des demandes d’asile, maintenant des centaines de migrants dans une zone grise juridique. Certains attendent plusieurs mois, voire plus d’un an, avant même de pouvoir déposer officiellement leur dossier, prolongeant une situation d’errance incompatible avec un territoire déjà fragile.
Sur le plan local, la lassitude est palpable. Des collectifs citoyens dénoncent une politique migratoire jugée incohérente, où le droit d’asile s’exerce sans considération pour les capacités réelles du territoire. À Mayotte, département français parmi les plus pauvres, une partie de la population estime que l’État privilégie l’accueil de migrants venus d’Afrique lointaine au détriment des droits sociaux et économiques des Mahorais.
Ce basculement migratoire pose une question stratégique majeure pour la France. Mayotte apparaît de plus en plus comme une porte d’entrée détournée vers l’asile européen, exposée à des flux internationaux que ni ses infrastructures ni son équilibre social ne peuvent absorber. Sans clarification ferme de la politique d’asile et sans contrôle effectif des routes migratoires, la situation risque de devenir durablement explosive, tant pour la population locale que pour les migrants eux-mêmes.




