Alors que la loi pour la refondation de Mayotte a acté le principe de financements dédiés à la reconstruction après le cyclone Chido, leur versement effectif reste suspendu à l’adoption du budget 2026, aujourd’hui enlisé dans une crise politique majeure à l’Assemblée nationale.

Les discussions budgétaires reprennent ce mardi au Palais-Bourbon, après un premier échec en décembre qui avait conduit à l’adoption d’une loi spéciale reconduisant provisoirement le budget de 2025. Ce texte budgétaire doit notamment inscrire noir sur blanc les crédits promis à Mayotte, durement frappée par le cyclone Chido et toujours en attente d’investissements structurants pour sa reconstruction et son développement.

La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, reçoit ce lundi les représentants des groupes parlementaires dans l’espoir de dégager des compromis. Mais les signaux sont loin d’être rassurants. La commission des Finances a rejeté ce week-end les volets recettes et dépenses du projet de loi de finances. Si cet avis reste consultatif, il traduit une fracture profonde entre les forces politiques, au moment même où l’État devrait faire preuve de clarté et de fermeté pour tenir ses engagements envers les territoires ultramarins.

Un climat politique délétère aux lourdes conséquences pour Mayotte

À cette impasse budgétaire s’ajoute une tension politique accrue. Deux motions de censure ont été déposées par La France insoumise et le Rassemblement national, officiellement pour dénoncer l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, vivement contesté par le monde agricole. Si Emmanuel Macron a annoncé que la France voterait contre cet accord, Paris reste minoritaire au niveau européen, alimentant une instabilité politique supplémentaire.

Face à ce blocage, l’exécutif brandit désormais la menace d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, de préparer l’éventualité d’élections législatives anticipées, qui pourraient se tenir en même temps que les municipales des 15 et 22 mars prochains. Une perspective lourde de conséquences, alors que le pays traverse déjà une phase de fragilité institutionnelle.

Certaines figures politiques, dont l’ancien ministre de l’Économie Éric Lombard ou l’ancien président François Hollande, appellent désormais le Premier ministre à recourir à l’article 49.3 de la Constitution, malgré l’engagement initial du gouvernement de s’en abstenir. Une option qui soulignerait l’incapacité du Parlement à assumer ses responsabilités budgétaires.

Pendant ce temps, Mayotte reste dans l’attente. Les crédits promis pour la reconstruction, pourtant validés sur le principe par la loi, demeurent suspendus aux jeux politiques parisiens. Une situation préoccupante pour un territoire français qui a besoin d’un État fort, cohérent et capable de garantir la continuité de l’action publique, loin des manœuvres partisanes et des blocages idéologiques.

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