La situation financière de la Collectivité territoriale de Martinique s’impose au cœur du débat public. Ce jeudi 24 septembre, l’Assemblée de Martinique examine le rapport de la Chambre régionale des comptes consacré aux exercices 2021 à 2025. Le document décrit un « déséquilibre financier structurel » et alerte sur le risque d’une nouvelle dégradation. La dette a progressé de 28 % entre 2021 et 2024 pour atteindre 977 millions d’euros et pourrait dépasser le milliard en 2026. Texte collé
Au-delà du montant de la dette, c’est surtout la capacité de la CTM à absorber cette charge qui inquiète. Sa capacité de désendettement est passée de dix ans en 2021 à vingt ans en 2024, tandis que l’épargne brute a chuté de 60 % entre 2022 et 2024 pour s’établir à 48,5 millions d’euros. En décembre 2025, la collectivité a également réaménagé seize emprunts sur vingt ans, au prix de 54,5 millions d’euros de frais financiers supplémentaires. Texte collé
Des fournisseurs payés avec plusieurs mois de retard
Pour les acteurs économiques martiniquais, les difficultés de la CTM ne sont pas qu’un problème comptable. Les délais de paiement ont atteint environ 131 jours en 2025, contre un délai réglementaire de trente jours. Entreprises, associations et prestataires peuvent donc attendre plus de quatre mois avant d’être réglés pour des prestations déjà réalisées. Dans un territoire où de nombreuses structures disposent de marges de trésorerie limitées, ces retards peuvent avoir des conséquences directes sur l’emploi et l’activité. Texte collé
Le rapport revient aussi sur plusieurs faiblesses anciennes de la gestion comptable. Huit des dix recommandations formulées lors du précédent contrôle de 2021 n’ont pas été suivies d’effet. La Chambre relève notamment des problèmes dans l’inventaire du patrimoine, les immobilisations, les créances et les provisions. Un écart de 6,99 milliards d’euros existe entre l’état de l’actif du comptable public et l’inventaire de la collectivité. Il ne s’agit pas d’une somme « disparue », mais d’une discordance entre deux documents comptables qui montre l’ampleur du travail restant à accomplir pour fiabiliser les comptes. Texte collé
La fusion de 2016 de nouveau interrogée
Dix ans après la création de la collectivité unique, le rapport ravive aussi le débat sur les économies attendues de la fusion entre l’ancien Département et l’ancienne Région. Les charges de personnel sont passées de 229,8 millions d’euros en 2021 à plus de 260 millions quelques années plus tard. En 2015, les deux collectivités réunies représentaient 195,6 millions d’euros de dépenses de personnel. La comparaison doit être nuancée par l’évolution des compétences, des salaires et de l’inflation, mais elle nourrit les interrogations sur les gains réels de mutualisation. Texte collé
Yan Monplaisir, maire de Saint-Joseph et président des Républicains en Martinique, a choisi ce terrain pour attaquer l’exécutif. Il qualifie la gestion de « désastreuse, populiste et électoraliste » et estime que la hausse de l’endettement n’a pas été accompagnée d’une amélioration suffisante de la performance publique. Il parle même de « faillite » de la Martinique. Cette qualification relève toutefois de son appréciation politique : la Chambre régionale des comptes parle pour sa part d’une situation « critique » et d’un déséquilibre structurel. Texte collé
Serge Letchimy met en avant un déséquilibre hérité
Serge Letchimy répond en invoquant une situation financière antérieure à sa mandature. Dans sa réponse annexée au rapport, le président du Conseil exécutif affirme que l’exécutif actuel « n’est pas à l’origine de ce déséquilibre » et qu’il en a « hérité ». La CTM met en avant un décalage croissant entre recettes et dépenses : entre 2022 et 2025, ses recettes de fonctionnement auraient progressé d’environ 1 %, tandis que les dépenses augmentaient de près de 12 %. Texte collé
La collectivité dit toutefois avoir commencé à réagir. Au 30 juin 2026, elle affirme avoir engagé près de 75 millions d’euros de mesures d’économies ou d’amélioration des recettes, avec un effet durable estimé à 26,4 millions. L’autorisation d’emprunt pour 2026 a été réduite de 165 à 109,8 millions d’euros et 40,2 millions d’euros d’investissements ont été retirés des prévisions, hors fonds européens. Un deuxième plan de redressement doit encore être préparé. Texte collé
Une séance attendue sur les engagements concrets
La plénière de ce jeudi devrait donc se concentrer sur les réponses opérationnelles. Quand les délais de paiement reviendront-ils à un niveau acceptable ? Quelle trajectoire d’endettement est prévue pour 2027 et 2028 ? Quelles économies seront réellement pérennes ? Et surtout, à quel rythme les quinze recommandations de la Chambre régionale des comptes seront-elles appliquées ? La CTM devra rendre compte de leur mise en œuvre dans un délai d’un an. Texte collé
Le débat oppose deux lectures de la situation. La majorité insiste sur des contraintes héritées et sur les premières mesures de redressement déjà engagées. Ses opposants pointent la progression de la dette, les retards de paiement et les recommandations anciennes restées sans effet. Entre les deux, les chiffres de la Chambre régionale des comptes ont désormais installé un cadre difficile à contourner : la question centrale n’est plus de savoir si la situation est préoccupante, mais à quelle vitesse la CTM peut retrouver des finances soutenables.



