En partenariat avec les Hôtels Karibea

Le bilan 2025 de la délinquance en Martinique met en lumière une réalité profondément contrastée, révélatrice des fractures sécuritaires qui traversent l’île. Si les atteintes aux biens marquent un net recul après plusieurs années de hausse, la violence contre les personnes atteint des niveaux alarmants, portés par la circulation massive d’armes à feu et l’emprise persistante du narcotrafic.

Les chiffres présentés par les autorités montrent une baisse globale de 6,3 % des atteintes aux biens. Les cambriolages reculent de manière significative, tout comme les vols de véhicules et les vols sans violence. Rapportée à la population, la délinquance patrimoniale reste inférieure à la moyenne nationale, confirmant une amélioration réelle sur ce terrain. Cette tendance traduit l’effet combiné des dispositifs de sécurisation et d’une présence policière renforcée sur les zones les plus exposées.

Ce tableau s’assombrit toutefois brutalement dès lors que l’on observe les violences aux personnes. Celles-ci progressent encore en 2025, avec une hausse marquée des violences intrafamiliales et des agressions sexuelles. Cette évolution confirme un climat de tension sociale durable, dans lequel la violence s’enracine au cœur même des foyers, alimentée par des facteurs de précarité, d’addictions et de délitement de l’autorité.

L’indicateur le plus préoccupant reste cependant le nombre d’homicides. Quarante meurtres ont été recensés sur l’année, dont une écrasante majorité commise par arme à feu. Ce niveau, inédit depuis plus de vingt ans, place la Martinique dans une situation critique. Si les tentatives d’homicide reculent, la violence létale atteint un seuil qui interroge directement la capacité de l’État à endiguer la diffusion des armes et à neutraliser les réseaux criminels structurés.

Le trafic d’armes apparaît désormais comme un moteur central de la criminalité la plus grave. Les vols à main armée, bien qu’en léger recul, demeurent très largement au-dessus des standards nationaux. Dans le même temps, les saisies d’armes explosent, avec près de 300 armes interceptées en un an. Cette hausse témoigne à la fois de l’intensité du phénomène et du renforcement des capacités d’enquête, notamment grâce à des unités spécialisées dédiées à la lutte contre les filières d’armement.

En parallèle, les saisies de stupéfiants atteignent des volumes record, en particulier en haute mer, confirmant le rôle stratégique de la Martinique dans les routes du narcotrafic international. Les opérations maritimes, portuaires et aéroportuaires se multiplient, avec un accent mis sur le démantèlement financier des réseaux. Cette approche globale vise à frapper les organisations criminelles au cœur de leur modèle économique, même si les effets sur la violence quotidienne restent encore fragiles.

Ce bilan met en évidence une réalité difficilement contestable : la Martinique n’est pas confrontée à une simple délinquance diffuse, mais à une criminalité armée structurée, nourrie par des flux internationaux et une perte progressive de contrôle sur certaines formes de violence extrême. Derrière la baisse des vols, la question centrale demeure celle de l’autorité de l’État et de sa capacité à restaurer durablement la sécurité des personnes.

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