Les chiffres parlent d’eux-mêmes et ils sont implacables. Pour un territoire d’environ 350 000 habitants, Martinique Transport affiche un coût annuel qui frôle les 7 000 euros par usager. Dans des villes comparables comme Rouen, Metz, Pau ou Nouméa, ce chiffre reste inférieur à 1 000 euros. L’écart n’est plus un simple différentiel de gestion. C’est un gouffre financier.
Le coût par voyage atteint 23,53 euros, quand la moyenne nationale est de 2,48 euros. Pour un budget d’exploitation de 157,7 millions d’euros, les recettes de billetterie ne dépassent pas 10,8 millions. Avec seulement 6,7 millions de validations annuelles, le réseau martiniquais enregistre des niveaux de fréquentation sans commune mesure avec les villes de référence, certaines dépassant 40 millions de validations par an. Le document évoque explicitement une « gratuité déguisée » liée à la fraude et à la non validation.
À cette faiblesse de la fréquentation s’ajoute un niveau d’effectifs et de matériel roulant qui, rapporté à l’activité réelle, interroge. Les ratios de voyages par bus et par agent sont très en dessous des standards observés ailleurs. Autrement dit, un parc important, des équipes nombreuses, pour une utilisation particulièrement faible.
À la Une d’Opinion internationale, l’édito Outre-mer de Michel Taube, intitulé « Martinique Transport ou l’anatomie d’un naufrage silencieux », résume ce décalage : « Ce ne sont plus des écarts. Ce sont des gouffres. » Il y souligne notamment le décalage entre les moyens mobilisés et la réalité du service rendu aux usagers.
Le financement repose largement sur l’impôt. Les subventions atteignent 77,5 millions d’euros, la fiscalité dédiée 60 millions, avec un versement mobilité fixé à 2 %, bien au-dessus de la moyenne nationale. Les entreprises martiniquaises contribuent donc massivement à un système dont l’efficacité opérationnelle est questionnée.
Le contexte social aggrave la situation. Les perturbations liées aux mouvements sociaux ont représenté 145 jours en 2025, après 49 jours en 2024 et 53 jours en 2023. La continuité du service public de transport devient aléatoire pour les usagers, tandis que les difficultés de gestion interne sont pointées : données peu fiables, pilotage complexe, suivi de la fréquentation incertain.
Enfin, la structure financière inclut un prêt en cours de 6,8 millions d’euros, dont plus de 6,4 millions restent à rembourser, et un loyer annuel de partenariat public-privé de 34,78 millions. Ces charges fixes pèsent lourdement sur un modèle déjà coûteux.
Au regard des comparaisons établies, Martinique Transport apparaît comme un réseau aux coûts exceptionnellement élevés, financé par un effort fiscal important, mais dont l’efficience opérationnelle et la soutenabilité interrogent de plus en plus dans le débat public ultramarin.




