Jeudi 26 mars, dans l’hôtel de l’Assemblée de Martinique, on a fait ce que trop de gens repoussent: nommer les violences faites aux femmes, sans chuchoter. Un colloque, porté par la Police nationale et l’association Raid Aventure venue de l’Hexagone, a réuni ceux qui voient le réel de près, policiers, associatifs, professionnels. Pas un grand show, plutôt une mise au point. Ici, en Outre-mer comme ailleurs, la France ne peut pas se payer le luxe de détourner le regard quand des femmes vivent sous la menace dans leur propre foyer.

Sur le terrain, le mur n’est pas l’absence de textes, c’est l’absence de plaintes, la peur, la dépendance, la honte, l’isolement, parfois le quartier qui sait et se tait. Michel Aleu, directeur territorial de la Police nationale, a mis des mots simples sur des engrenages compliqués: « Souvent, les femmes sont plus jeunes que leur partenaire » et la violence se nourrit aussi d’une emprise économique, quand l’emploi manque ou ne suffit pas à prendre la porte. Physique ou psychologique, la violence ne fait pas de tri social, elle se glisse partout et elle laisse des traces longtemps après les coups.

Parler, oui… mais surtout protéger, éloigner, punir

Parler, oui… mais surtout protéger, éloigner, punir Ce colloque rappelle une vérité que certains aiment relativiser à force de discours mous: quand il y a des enfants, ce n’est pas un détail, c’est une circonstance aggravante, et c’est heureux. Voir une mère humiliée ou frappée, c’est apprendre la loi du plus fort, puis la rejouer plus tard, comme une mauvaise leçon transmise en héritage. Là-dessus, l’État a des outils, ordonnances de protection, éviction du conjoint violent, téléphone grave danger, bracelet anti-rapprochement, encore faut-il que le parcours soit lisible et rapide, commissariat, santé, hébergement, justice, sans renvoyer la victime de guichet en guichet comme un dossier encombrant.

Reste la question qui fâche, celle que les donneurs de leçons esquivent: qui empêche concrètement ces dispositifs d’atteindre chaque femme qui en a besoin, à temps, avec fermeté? Les territoires ultramarins connaissent les distances, la saturation, les petites chaînes de solidarité quand elles fonctionnent et les grands silences quand elles lâchent. La République, elle, a choisi son camp, celui des victimes, pas celui des agresseurs, ni celui des excuses sociologiques à rallonge. Maintenant, la Martinique saura-t-elle transformer les mots d’un colloque en réflexes de protection, immédiats, automatiques, partout sur l’île?

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