Mayotte affiche une ambition hôtelière inédite : environ 500 chambres seraient actuellement “en projet”, selon l’Agence d’attractivité et de développement touristique de Mayotte (AaDTM). Une dynamique présentée comme prometteuse, mais qui révèle aussi une réalité plus crue : l’île peine toujours à devenir une destination de loisir attractive et structurée, malgré un potentiel naturel évident.
D’après l’AaDTM, seule une partie de ces projets est réellement engagée : à peine un tiers aurait déjà obtenu des autorisations ou démarré concrètement. La plupart des investissements se concentrent sur Mamoudzou, ses alentours, et Petite-Terre, là où la demande est portée par une clientèle d’affaires régulière, plus “sécurisante” pour les banques et les porteurs de projets.
Sur le papier, le territoire verrait émerger deux projets majeurs de plus de 80 chambres (en Petite-Terre et à Mahabou), quelques structures intermédiaires (40 à 50 chambres), et surtout une majorité de petits établissements (10 à 20 chambres). Une offre qui répond à un besoin immédiat d’hébergement, mais qui reste insuffisante pour créer une vraie destination touristique, capable de rivaliser dans l’océan Indien.
Car le nerf de la guerre demeure le financement. La hausse du coût des matériaux et des matières premières pousse plusieurs promoteurs à revoir leurs plans, voire à repousser leurs chantiers. Le cyclone Chido a également freiné les études et les calendriers. Résultat : un seul projet serait aujourd’hui réellement en travaux, en Petite-Terre, à proximité du CHM.
Côté hôtels existants, la reprise est progressive après les dégâts causés par Chido. Tous auraient rouvert, à l’exception du Hamaha Beach à Mamoudzou, attendu dans les prochaines semaines. Mais plusieurs établissements n’ont pas encore retrouvé leur capacité normale, ce qui entretient la tension sur l’offre.
Pour les acteurs du secteur, la question n’est plus seulement de construire, mais de “monter en gamme”. Rania Saïd, directrice de l’école hôtelière Vatel, résume le problème : Mayotte manque d’établissements, manque de qualité de service, et surtout manque de produits touristiques complets. Selon elle, rester sur du trois-étoiles et sur une mosaïque de petites structures serait une impasse, dans une région où la concurrence est rude. Sans grands hôtels, sans standards élevés et sans offre de loisir plus dense, Mayotte risque de rester durablement dépendante d’un tourisme de passage, alimenté par les missions, les déplacements professionnels… et non par une vraie attractivité internationale.




