Lors d’une table ronde consacrée à l’économie bleue au Sénat, le sénateur de Mayotte Saïd Omar Oili a vivement dénoncé les conséquences des normes européennes sur la pêche mahoraise. « Nos pêcheurs ne peuvent plus pêcher », a-t-il lancé, appelant à des solutions urgentes pour un secteur fragilisé par la fin des dérogations.

L’élu a rappelé l’évolution progressive de la réglementation : d’abord les pirogues traditionnelles, puis les barques homologuées, avant l’exigence de navires conformes aux standards européens en matière de sécurité et de dimensions. Une mise aux normes qui, selon lui, a laissé de nombreux pêcheurs sans solution viable.

Depuis novembre dernier, la dérogation permettant aux embarcations non conformes de continuer à naviguer a pris fin. Résultat : une partie des pêcheurs se retrouve immobilisée. « On peut au moins trouver une solution provisoire, qu’on puisse au moins manger du poisson », a insisté le sénateur, évoquant une convention proposée par les professionnels pour limiter l’activité au lagon, qui aurait été refusée par le préfet.

La question sensible de la redevance des thoniers seychellois

Saïd Omar Oili a également relancé le débat sur l’accord autorisant des armateurs seychellois à pêcher dans les eaux mahoraises, en contrepartie d’une redevance annuelle. Selon lui, ces sommes ne profiteraient pas directement aux pêcheurs locaux.

Face à cette critique, Emilia Havez, représentante de la direction générale des Outre-mer, a précisé que la redevance s’élèverait à environ 250 000 euros par an, alimentant un fonds de concours, loin des 5 millions d’euros évoqués par le sénateur. Elle a indiqué que des travaux étaient en cours avec la mission interministérielle pour la refondation et la reconstruction de Mayotte afin de structurer l’utilisation de ces fonds au service du développement de la filière.

Entre exigence européenne et réalités locales

Au-delà des chiffres, le débat illustre une tension de fond : comment concilier les normes européennes, conçues pour des flottes structurées, avec la réalité d’une pêche artisanale lagonaire qui constitue un pilier économique et alimentaire à Mayotte ?

Pour le sénateur, la question dépasse la technique réglementaire : elle touche à la souveraineté alimentaire, à l’emploi local et à la cohérence de l’intégration européenne du territoire. Les discussions engagées devront désormais déboucher sur des réponses concrètes, sous peine de voir s’aggraver la crise d’un secteur déjà fragilisé.

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