Un changement institutionnel majeur est désormais acté à Mayotte. Depuis la publication d’un décret au Journal officiel le 31 décembre 2025, le conseil départemental porte officiellement le nom d’« Assemblée de Mayotte ». Une évolution prévue par la loi pour la refondation de Mayotte, qui consacre le principe d’une collectivité exerçant à la fois les compétences départementales et régionales.
Dans les faits, l’Assemblée de Mayotte reste pour l’instant composée de 26 conseillers. Ce n’est qu’à l’horizon 2028, lors des prochaines élections locales, que le mode de scrutin évoluera, avec un doublement du nombre d’élus, qui passera à 52. Pour certains responsables politiques, cette réforme demeure essentiellement symbolique à ce stade, sans traduction immédiate dans l’exercice réel des compétences.
Des transferts de compétences encore incertains
La question centrale reste celle du transfert effectif des compétences régionales. À ce jour, aucun calendrier précis n’a été arrêté par l’État. L’opposition départementale se montre d’ailleurs sceptique sur la réalité de ces transferts. Selon Soula Saïd-Souffou, conseiller départemental de Sada-Chirongui et président du MDM, la loi ne prévoirait pas explicitement ces évolutions, et aucune évaluation financière préalable n’a été menée par la commission nationale compétente pour en fixer la compensation.
À l’inverse, le président de l’exécutif local, Ben Issa Ousseni, voit dans ce changement de statut une base juridique renforcée permettant à Mayotte de revendiquer pleinement les compétences régionales, et surtout les moyens financiers associés, indispensables au développement du territoire.
Dans les faits, Mayotte exerce déjà certaines compétences relevant normalement de la région, comme la formation professionnelle ou le développement économique, pour lesquelles l’État verse une compensation limitée. En revanche, des domaines structurants demeurent entièrement sous contrôle étatique, notamment la construction et la gestion des lycées, l’aménagement du territoire, l’environnement, les programmes européens ou encore les collèges, pourtant de compétence départementale ailleurs en France.
Ces blocages institutionnels représentent des enjeux financiers considérables. À titre de comparaison, une région comme la Guadeloupe, avec une population bien moindre, dispose d’un budget dépassant le milliard d’euros. Pour Mayotte, département français à part entière confronté à des défis sociaux, éducatifs et économiques majeurs, l’effectivité de cette nouvelle Assemblée sera jugée à l’aune des moyens réellement transférés par l’État, et non à la seule modification de son appellation.




