Le tribunal correctionnel de Paris a ouvert ce lundi un procès hors norme pour Mayotte, avec douze personnes physiques et six sociétés poursuivies pour favoritisme, détournements de fonds publics et corruption dans la gestion de l’eau. Après six années d’enquête du Parquet national financier, ce dossier met en cause l’ancien Syndicat intercommunal des eaux et d’assainissement de Mayotte, au cœur d’irrégularités massives alors que l’île subit toujours de graves pénuries.
Une gestion publique gangrenée par les abus
Au centre de l’affaire figure Moussa Mouhamadi, désormais appelé Vitta Mouhamadi, président du SIEAM de 2014 à 2020. Vingt infractions liées à des marchés publics lui sont reprochées, notamment la signature de commandes de travaux sans mise en concurrence ni publicité préalable. Les enquêteurs estiment que ces pratiques ont permis le détournement de plusieurs millions d’euros, dans un silence institutionnel lourd de conséquences pour les Mahorais.
Sur le banc des accusés apparaissent également des figures connues du paysage politique et administratif local. L’ancien maire de Bouéni, Mouslim Abdourahamane, est poursuivi pour complicité de favoritisme alors qu’il occupait des fonctions financières clés au sein du syndicat. Déjà condamné dans une autre affaire, il est loin d’être un cas isolé dans ce dossier où les responsabilités politiques sont directement engagées.
Plusieurs chefs d’entreprise sont aussi mis en cause pour corruption active, recel de favoritisme ou abus de biens sociaux. Des contrats attribués sans règles claires auraient enrichi certains opérateurs privés au détriment de l’intérêt général, illustrant une collusion persistante entre sphères publique et économique.
Ce procès intervient dans un contexte explosif pour le cent unième département français, où les coupures d’eau demeurent quasi quotidiennes. Si la sécheresse a joué un rôle, les rapports de la Chambre régionale des comptes ont pointé une gestion défaillante et des sous investissements structurels. Pour l’État et la République, l’enjeu est désormais clair faire toute la lumière, sanctionner les dérives et rétablir une autorité publique crédible au service des habitants de Mayotte.




