Le premier rapport de l’Observatoire des droits de l’enfant, créé par l’Unicef, dresse un constat sévère sur la situation des mineurs à Mayotte. L’instance y pointe des disparités profondes avec le reste du territoire national, notamment en matière de scolarisation, de santé et de prise en charge administrative des enfants.
Publié jeudi 29 janvier, ce document compile des données nationales sur onze grands thèmes liés aux droits de l’enfant. Pour Mayotte, il confirme que plusieurs indicateurs sont durablement dégradés, sur fond de pression démographique, de fragilités sociales et de saturation des services publics.
Des milliers d’enfants hors de l’école, une urgence ignorée
Le rapport reprend une estimation issue d’une étude de 2023 : entre 5 379 et 9 575 enfants seraient non scolarisés à Mayotte. Une situation qui illustre, selon l’Observatoire, l’existence d’enfants “invisibles” dans les statistiques, alors même que le droit à l’éducation est garanti par la loi française et par la Convention internationale des droits de l’enfant.
L’Unicef souligne que cette réalité est particulièrement marquée dans certains territoires ultramarins, notamment Mayotte et la Guyane, et réclame la création d’un observatoire national de la non-scolarisation, conformément aux engagements européens pris dans le cadre de la Garantie européenne pour l’enfance.
Les difficultés scolaires apparaissent également très supérieures au niveau national : 58 % des enfants à Mayotte rencontrent des difficultés de lecture, contre 13 % en moyenne en France.
Une mortalité infantile deux fois plus élevée qu’au niveau national
Sur le volet sanitaire, l’écart est tout aussi frappant. La mortalité infantile est évaluée à 9,5 décès pour 1 000 naissances vivantes à Mayotte, contre 4,1 ‰ au niveau national en 2024.
L’Observatoire y voit un marqueur direct des inégalités d’accès aux soins, avec des obstacles structurels persistants : manque de professionnels de santé, délais de rendez-vous, éloignement, complexité administrative et renoncement aux soins dans les familles précaires.
L’Unicef insiste sur la nécessité de renforcer les politiques de prévention et d’accompagnement des parents dès la grossesse, notamment dans les territoires ultramarins.
CRA de Pamandzi : 1 860 enfants enfermés en 2024
Le point le plus sensible du rapport concerne la rétention administrative. En 2024, 1 860 enfants ont été placés au centre de rétention administrative de Pamandzi, dans le cadre de procédures d’éloignement. Dans le même temps, la métropole n’en comptait que six, la pratique y étant désormais interdite.
L’Observatoire parle explicitement d’une “persistance de violations graves des droits de l’enfant” à Mayotte et rappelle que l’interdiction de l’enfermement des mineurs doit s’y appliquer à partir de 2027.
Mais le rapport soulève déjà une inquiétude majeure : la loi de programmation pour Mayotte prévoit des unités “spécialement aménagées et adaptées”, ce qui implique une réorganisation du CRA afin d’y maintenir des familles, séparées des autres retenus.
Autrement dit, derrière l’affichage juridique, le risque est réel : que l’État remplace un dispositif par un autre, sans mettre fin au fond du problème.
Dans un département où la question migratoire est centrale, la protection de l’enfance se retrouve une nouvelle fois prise entre saturation administrative, pression démographique et contradictions politiques. Mayotte paie ici, une fois de plus, le prix des renoncements accumulés depuis des années.




