Près de deux ans après le passage du cyclone Chido, la reconstruction de Mayotte entre dans une phase décisive. Le premier bilan de la stratégie quinquennale 2026-2031 fait pourtant apparaître des difficultés de pilotage qui inquiètent plusieurs responsables mahorais. Avec environ quatre milliards d’euros annoncés par l’État, l’enjeu consiste désormais à transformer les crédits disponibles en chantiers réellement engagés sur le territoire.

La stratégie de reconstruction et de refondation a été organisée autour de treize grandes priorités. Elles concernent notamment la sécurité, la lutte contre l’immigration irrégulière, l’accès à l’eau, le logement, la santé, l’éducation, l’énergie et les grandes infrastructures.

Le programme dépasse donc la simple réparation des dégâts provoqués par Chido. Il ambitionne de rattraper une partie du retard structurel accumulé par Mayotte tout en adaptant les équipements publics à une population en forte croissance.

Des élus réclament davantage de résultats

Le sénateur Saïd Omar Oili se montre particulièrement critique sur l’état d’avancement de plusieurs dossiers. Il conteste certaines données du bilan gouvernemental et pointe notamment les difficultés concernant le foncier, les infrastructures scolaires, l’immigration clandestine ou encore le chantier de l’usine de dessalement d’Ironi Bé.

La construction d’un deuxième établissement pénitentiaire illustre aussi ces lenteurs. Un projet annoncé depuis plusieurs années reste confronté à la question de la disponibilité du foncier.

Les critiques concernent également la gouvernance du programme. Mission interministérielle, préfecture, établissement public de reconstruction, Département-Région, communes et services de l’État interviennent simultanément, avec le risque de rendre plus difficile l’identification des responsabilités.

L’ancien ministre et sénateur Thani Mohamed Soilihi a lui aussi exprimé sa surprise devant une nouvelle méthode de pilotage mise en place sans association suffisante, selon lui, du comité chargé par la loi de suivre la refondation de Mayotte.

Transformer les milliards en chantiers

Sur le plan financier, l’État met en avant environ quatre milliards d’euros. Près de 1,49 milliard doit notamment passer par le Programme d’intervention territorialisée de l’État, tandis qu’environ 2,69 milliards correspondent à des crédits interministériels.

Ces montants représentent une occasion considérable pour Mayotte. Routes, écoles, hôpitaux, réseaux d’eau, logements et infrastructures économiques nécessitent depuis longtemps des investissements massifs.

La difficulté est désormais celle de l’exécution. Des crédits votés mais insuffisamment consommés ne permettront ni d’améliorer le quotidien des Mahorais ni de soutenir les entreprises appelées à participer aux travaux.

La reconstruction peut constituer un puissant moteur d’investissement et d’activité économique. Elle suppose cependant une organisation suffisamment claire pour accélérer les décisions, débloquer le foncier et permettre aux projets de sortir effectivement de terre.

Privacy Preference Center