La fin du marathon parlementaire autour du budget 2026 laisse un profond sentiment d’amertume chez plusieurs élus ultramarins, et particulièrement à Mayotte. La députée mahoraise Estelle Youssouffa (LIOT) s’est dite « furieuse » après l’adoption du projet de loi de finances, dénonçant un manque de moyens et surtout une absence totale de lisibilité sur les crédits réellement destinés à la reconstruction du 101e département.
Officiellement, l’exécutif met en avant le déblocage de 674 millions d’euros pour ce chantier, tout en se félicitant d’une hausse du budget de la mission Outre-mer. Mais pour plusieurs parlementaires, il s’agit d’un affichage trompeur : ces enveloppes ne seraient pas véritablement fléchées vers Mayotte et relèveraient, pour partie, d’un jeu d’écriture budgétaire. Christian Baptiste, député de Guadeloupe et rapporteur de la mission Outre-mer, affirme ainsi que ces annonces correspondent en réalité à la même enveloppe, simplement présentée différemment.
Le cœur du problème, selon les élus, est l’absence d’une ligne budgétaire dédiée à Mayotte, pourtant promise par le gouvernement. Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, avait assuré par courrier qu’un fléchage clair serait intégré au programme des interventions territoriales de l’État. Or, ce programme ne mentionne même pas Mayotte, et aucune affectation explicite n’apparaît dans le texte final, ce qui alimente la défiance.
Plus encore, Estelle Youssouffa souligne un point déterminant : les 674 millions annoncés ne correspondent pas à de l’argent réellement disponible. Il s’agit d’autorisations d’engagement, autrement dit un plafond théorique de dépenses. Dans les faits, les crédits de paiement réellement prévus pour 2026 atteindraient seulement un peu plus de 400 millions d’euros. Une somme jugée « largement inférieure » aux besoins réels de reconstruction, comme l’a également dénoncé le député LIOT Michel Castellani.
Pour la députée mahoraise, la situation est politiquement et moralement inacceptable : après les visites ministérielles, les promesses répétées et les engagements solennels, l’État serait en train de faire des économies sur le dos d’un territoire déjà fragilisé. Elle rappelle que le Parlement a voté une enveloppe globale de 4 milliards d’euros pour la reconstruction, mais que sans crédits effectifs, ce vote risque de rester symbolique.
Estelle Youssouffa affirme avoir soutenu les motions de censure contre le budget, précisément en raison de ce qu’elle considère comme un abandon budgétaire. Elle alerte enfin sur une conséquence lourde : avec l’absence de financements en 2025, une enveloppe réduite en 2026 et l’échéance présidentielle de 2027 qui gèlera de grandes décisions budgétaires, Mayotte pourrait, selon ses mots, « perdre trois ans » dans la reconstruction. Un retard qui, sur un territoire déjà en tension sociale, sanitaire et sécuritaire, pourrait coûter très cher.




