La gestion des déchets à Mayotte se retrouve une nouvelle fois sous le regard étroit de l’État. La préfecture a adressé une mise en demeure formelle à Star Mayotte, filiale du groupe Suez, exploitante de la déchetterie de Longoni, afin qu’elle se conforme aux exigences renforcées en matière de protection environnementale, notamment sur la question sensible des PFAS, ces substances chimiques persistantes surnommées « polluants éternels ».
Ces composés, largement utilisés par l’industrie depuis des décennies, sont désormais au cœur des préoccupations sanitaires. Depuis le début de l’année 2026, leur recherche est devenue obligatoire dans les contrôles des eaux, sous la responsabilité des agences régionales de santé. À Mayotte, territoire déjà fragilisé par des tensions récurrentes sur l’accès à l’eau, cette obligation prend une dimension particulière, tant les risques pour la population sont scrutés de près.
Dans ce contexte, les exploitants de sites classés pour la protection de l’environnement sont tenus de recenser les substances utilisées sur leurs installations et d’analyser les rejets aqueux. Star Mayotte dispose d’un délai de trois mois pour réaliser ces investigations et transmettre les résultats aux autorités. Cette exigence découle d’un cadre réglementaire fixé dès 2023, mais dont l’application devient désormais effective et contraignante.
La mise en demeure préfectorale ne se limite pas à la question des PFAS. Elle impose également à l’exploitant de déposer, avant la fin de l’année, une nouvelle demande d’autorisation environnementale. Cette décision fait suite à plusieurs contrôles ayant mis en lumière, par le passé, des dysfonctionnements sérieux dans la gestion du site, notamment des difficultés de tri rapide des déchets et une consommation d’eau excédant les seuils autorisés.
Si certains manquements ont depuis été corrigés, l’inspection des installations classées relève que des obligations demeurent partiellement respectées, en particulier concernant la protection des eaux souterraines. L’État entend ainsi rappeler que, même dans un territoire soumis à de fortes contraintes logistiques, les règles environnementales ne peuvent être reléguées au second plan.
Autre point clé de la mise en demeure, l’obligation pour Star Mayotte d’utiliser de manière systématique la plateforme nationale Trackdéchets à compter du printemps 2026. Cet outil numérique vise à assurer une traçabilité stricte des déchets dangereux, un enjeu majeur dans un département où les filières de traitement restent limitées et où toute défaillance peut avoir des conséquences durables.
À travers cette décision, les autorités affirment leur volonté de reprendre la main sur des infrastructures stratégiques, au nom de la souveraineté sanitaire et environnementale. Pour Mayotte, déjà confrontée à une pression démographique et migratoire sans précédent, la maîtrise des risques industriels et des pollutions durables apparaît plus que jamais comme une condition essentielle de stabilité et de protection des populations.




