Le tribunal correctionnel de Mamoudzou a condamné, ce mardi 20 janvier, Théophane “Guito” Narayanin à cinq ans d’emprisonnement pour avoir commandité l’agression d’une avocate exerçant à Mayotte. Une décision lourde de sens, dix ans après des faits d’une extrême gravité qui visaient une professionnelle du droit dans l’exercice de sa mission.
Le chef d’entreprise réunionnais, dirigeant de la société IBS, a été reconnu coupable d’avoir organisé l’attaque d’une collaboratrice de maître Sylvie Sévin, avocate de l’ancien maire de Koungou, Frédéric D’Achery. L’agression s’inscrivait dans le cadre d’un conflit politico-économique autour de la carrière de Kangani, dossier emblématique des tensions mêlant intérêts privés, pouvoir local et pression judiciaire.
Une condamnation exemplaire pour une atteinte à l’État de droit
Suivant les réquisitions du parquet, les juges ont retenu l’existence d’éléments probants établissant que Théophane Narayanin était le donneur d’ordre. Il a écopé de cinq ans de prison assortis d’un mandat de dépôt différé, d’une amende de 75 000 euros et d’une interdiction d’exercer toute activité commerciale pendant quinze ans. Concrètement, sauf appel dans les délais légaux, l’exécution de la peine de prison interviendra à une date ultérieure qui sera fixée par la juridiction.
L’exécution provisoire ne concerne toutefois que l’amende et l’interdiction professionnelle. Une distinction juridique qui n’enlève rien à la portée du jugement, lequel sanctionne une atteinte directe à l’indépendance de la justice et à la sécurité des avocats, piliers essentiels de l’ordre républicain.
Une chaîne de responsabilités judiciairement établie
Quatre autres prévenus ont également été condamnés dans ce dossier. Marc Ferrol, présenté comme le chauffeur, a été condamné à trente mois de prison ferme, avec possibilité d’aménagement. Giovanni Boudia, auteur du coup de poing, a écopé de cinq ans d’emprisonnement dont un an avec sursis probatoire, assortis d’un mandat d’arrêt. Salami Issouffou, qui l’accompagnait, a été condamné à quatre ans de prison, dont deux avec sursis probatoire.
Enfin, l’avocat franco-comorien Saïd Larifou a été reconnu coupable d’avoir tenté d’acheter le silence des exécutants pendant leur incarcération. Il a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 45 000 euros d’amende.
Ce verdict rappelle une évidence trop souvent malmenée dans certains territoires ultramarins : nul n’est au-dessus des lois. À Mayotte, département français confronté à des dérives graves mêlant violence, pression et impunité, la justice a réaffirmé avec fermeté l’autorité de l’État et la protection due à ceux qui incarnent le droit. Une décision salutaire pour l’ordre public, la crédibilité des institutions et le respect de la République.




