Le 19 janvier 2026, un Centre Médico-Psychologique (CMP) a ouvert ses portes à Mtsamboro, dans le nord de Mayotte. Cette nouvelle structure, dédiée exclusivement aux adultes, vient répondre à une réalité trop longtemps négligée sur le territoire : la souffrance psychique, les troubles mentaux et le besoin d’écoute, de soins et d’accompagnement.
Depuis son ouverture, le CMP a déjà enregistré environ une centaine de consultations, signe évident d’un besoin massif et longtemps sous-estimé. L’établissement dépend du pôle santé mentale du Centre hospitalier de Mayotte (CHM) et propose des soins ainsi que des activités thérapeutiques visant à améliorer le quotidien des patients.
Comme le rappelle Emmanuel Oliver, cadre supérieur de santé au CHM, le CMP intervient sur l’ensemble des problématiques liées au bien-être psychologique, aux pathologies mentales et aux troubles psychiques.
Un maillage sanitaire qui progresse, mais reste insuffisant
Cette ouverture s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement de l’offre de soins psychiatriques à Mayotte. L’île compte désormais cinq CMP pour adultes : en Petite-Terre, Mamoudzou, Bandrélé, Sada et désormais Mtsamboro.
En parallèle, trois Centres Médico-Psychologiques pour Enfants et Adolescents (CMPEA) sont implantés à Mtsapéré, Bandraboua et Petite-Terre. Une progression réelle, même si elle reste fragile au regard des besoins d’une population jeune, confrontée à des difficultés sociales profondes.
Cette montée en puissance de la prise en charge n’est pas un hasard. Le passage du cyclone Chido a provoqué un traumatisme collectif durable. De nombreuses personnes continuent, aujourd’hui encore, à présenter des symptômes directement liés à ce choc : anxiété, troubles du sommeil, crises d’angoisse, état dépressif.
Les équipes du CMP entendent répondre à cette détresse, en proposant un accompagnement régulier, structuré et médicalisé, loin des approximations et du silence.
Briser les tabous : la santé mentale n’est pas une honte
À Mayotte, la santé mentale demeure un sujet délicat. Psychiatrie, dépression, traumatismes : ces réalités restent parfois minimisées ou interprétées à travers des croyances spirituelles. Résultat : certains malades tardent à consulter, s’isolent, ou se retrouvent sans prise en charge jusqu’à l’aggravation.
Le CMP de Mtsamboro veut aussi être un lieu de parole accessible : difficultés familiales, tensions de couple, problèmes éducatifs, souffrance au travail… chacun peut y venir chercher une écoute et une aide professionnelle.
L’ouverture de ce centre est une avancée utile, car elle répond à un besoin concret, dans un territoire où l’État doit pleinement jouer son rôle. La santé mentale n’est pas un luxe : c’est une question de dignité humaine, de stabilité sociale, et même d’ordre public, car l’abandon psychologique nourrit souvent la violence, les addictions et la désespérance.
À Mayotte comme ailleurs, renforcer ces structures, recruter des professionnels et garantir une continuité de soins doit rester une priorité nationale. Parce que Mayotte est la France, et que les Mahorais ont droit, comme tous les Français, à une prise en charge sanitaire digne et efficace.




