La radiation du Medef Mayotte du réseau national du Mouvement des entreprises de France marque une rupture brutale dans le paysage économique local. Décidée le 15 décembre 2025 par le conseil exécutif du Medef, cette exclusion intervient dans un contexte particulièrement fragile pour Mayotte, encore éprouvée par le cyclone Chido et confrontée à d’importants défis de reconstruction et d’attractivité économique.
Dans un courrier officiel adressé à son président, Fahardine Mohamed, la direction nationale du Medef a notifié une radiation avec effet immédiat. Cette décision, rare et lourde de conséquences, s’appuie sur une accumulation de griefs jugés graves par les instances nationales. Depuis l’élection de Fahardine Mohamed à la tête de l’organisation mahoraise en février 2025, la gouvernance locale faisait l’objet de contestations répétées.
Selon les éléments mentionnés par la direction nationale, le comité statutaire et d’éthique a été saisi à plusieurs reprises pour des manquements touchant à la gouvernance, au respect des statuts, à la transparence financière, à la représentativité et aux principes éthiques. Face à ces alertes, une feuille de route avait été transmise au Medef Mayotte à l’été 2025 afin de permettre un retour rapide à la conformité.
Une sanction nationale aux lourdes conséquences locales
Malgré cette mise en garde formelle, la direction nationale estime qu’aucune amélioration significative n’a été constatée dans les mois suivants. Constatant la persistance des dysfonctionnements, le conseil exécutif du Medef a donc tranché en faveur d’une radiation immédiate, privant de facto l’organisation mahoraise du droit d’utiliser la marque et la représentation du Medef.
Cette décision place les quelque 130 chefs d’entreprise adhérents dans une situation d’incertitude. Dans une lettre adressée à ses membres, Fahardine Mohamed fait part de sa consternation et met en cause des accusations qu’il juge infondées, évoquant des attaques émanant d’opposants internes. S’il n’a pas encore pris publiquement la parole, il indique avoir saisi un avocat et n’exclut pas un recours judiciaire.
Du côté des entreprises locales, le silence domine, mais l’inquiétude est palpable. Dans un territoire où le tissu économique reste fragile, marqué par une forte dépendance aux aides publiques, un climat social tendu et des infrastructures vulnérables, l’absence de représentation patronale reconnue au niveau national pose un problème majeur.
Au moment même où Mayotte aurait besoin d’une voix patronale forte, crédible et structurée pour accompagner la reconstruction, attirer l’investissement et dialoguer avec l’État, cette crise révèle les dégâts causés par des conflits internes et une gouvernance défaillante. Plus que jamais, la stabilité des organisations économiques apparaît comme une condition indispensable au redressement durable du territoire, dans le cadre de la République et de l’économie de marché.




