Condamné début janvier à 24 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa compagne Karina Antunes Gama De Souza, Sylvain Kereneur ne s’avoue pas vaincu. Ses avocats ont décidé de faire appel du verdict rendu par la cour d’assises de Fort-de-France, ouvrant ainsi la voie à un nouveau procès. Une démarche classique sur le plan procédural, mais qui intervient dans un contexte judiciaire plus large et particulièrement sensible.

Cet appel apparaît en effet étroitement lié à un autre dossier : celui du meurtre de Camila Marques Pereira, commis en 2006 à Matoury, en Guyane. Longtemps mis hors de cause, Sylvain Kereneur est de nouveau indirectement concerné par cette affaire, rouverte par le parquet général de Cayenne. La chambre de l’instruction doit d’ailleurs se prononcer début février sur les suites à donner à ce dossier ancien mais toujours douloureux.

Pour l’avocat de la famille de Camila, cet appel relève avant tout d’une stratégie judiciaire. L’objectif serait de préserver, au moins formellement, une présomption d’innocence dans l’autre procédure en cours, en s’appuyant sur le fait que la condamnation martiniquaise n’est pas encore définitive. Une manœuvre juridiquement recevable, mais qui ne remet pas en cause la gravité des faits jugés ni la solidité du verdict rendu.

Cette affaire rappelle une réalité souvent occultée : la justice de la République, y compris dans les Outre-mer, fonctionne avec ses règles, ses garanties et ses contre-pouvoirs. Loin des caricatures ou des instrumentalisations émotionnelles, l’appel n’efface ni les souffrances des victimes ni la responsabilité pénale établie en première instance. Il illustre au contraire un État de droit pleinement appliqué sur l’ensemble du territoire national, où la fermeté des condamnations peut coexister avec le respect scrupuleux des procédures.

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