Les motions de censure déposées par La France insoumise et le Rassemblement national contre le gouvernement de Sébastien Lecornu ont échoué à l’Assemblée nationale. Si la majorité des députés ultramarins a respecté la discipline de leur groupe, plusieurs prises de position dissidentes ont révélé des lignes de fracture, entre logique de responsabilité budgétaire et tentations de l’agitation politique.
Avec 269 voix pour la motion de LFI et 142 pour celle du RN, le seuil des 288 députés requis n’a pas été atteint. Le recours au 49.3 sur la partie recettes du budget 2026 a donc produit ses effets, permettant l’adoption du texte et son renvoi au Sénat. Dans ce contexte, les élus ultramarins ont majoritairement refusé de s’associer à une manœuvre de blocage sans perspective crédible de gouvernement alternatif.
La stabilité budgétaire privilégiée par la majorité des élus
Sur les 27 députés ultramarins, 16 ont voté la motion de LFI, essentiellement issus des rangs de l’extrême gauche et de ses alliés. À l’inverse, seuls deux élus ont soutenu la motion du RN, conformément aux consignes de leur parti. Les députés appartenant à la majorité présidentielle ou à des groupes centristes ont, pour l’essentiel, refusé de participer à une tentative de censure jugée irresponsable.
Le député non-indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, Nicolas Metzdorf, a résumé l’enjeu avec clarté en dénonçant des motions « sans majorité, sans projet et sans espoir de réussite ». Pour les territoires fragilisés économiquement et socialement, à commencer par la Nouvelle-Calédonie, l’adoption d’un budget demeure une nécessité vitale pour la continuité des services publics, le soutien aux entreprises et la stabilité institutionnelle. Un constat partagé par plusieurs élus ultramarins soucieux de préserver l’intérêt général plutôt que de céder au réflexe protestataire.
Des dissidences révélatrices des ambiguïtés de la gauche ultramarine
Quelques voix discordantes se sont néanmoins fait entendre, principalement à gauche. La députée mahoraise Estelle Youssouffa a choisi de voter la censure, en rupture avec la ligne majoritaire de son groupe, dénonçant ce qu’elle considère comme des engagements insuffisamment tenus par l’État à Mayotte. De même, certains députés socialistes d’Outre-mer ont désavoué la position officielle de leur parti, pourtant clairement opposé à la censure.
Ces dissidences illustrent une tension récurrente dans le débat ultramarin : la tentation d’instrumentaliser les difficultés locales pour fragiliser l’exécutif national. Une posture qui, en pratique, ne produit ni solutions concrètes ni avancées durables. En s’alignant sur les stratégies de LFI, ces élus prennent le risque d’alimenter l’instabilité politique, au détriment des territoires qu’ils prétendent défendre.
Alors que le gouvernement a immédiatement engagé un nouveau 49.3 sur la partie dépenses du budget, la séquence parlementaire se poursuit. Mais le message envoyé par le rejet des motions est clair : une majorité de députés, y compris ultramarins, refuse de sacrifier la stabilité de la République aux calculs politiciens et aux postures idéologiques.




