À une semaine de la clôture officielle des candidatures, fixée au 26 février, les élections municipales 2026 à Saint-Pierre-et-Miquelon prennent une tournure inattendue. À ce stade, seules deux listes complètes ont été annoncées, ouvrant la possibilité, rare dans l’histoire récente de l’archipel, qu’une commune se retrouve avec une seule liste en lice, et donc élue sans véritable compétition.

À Saint-Pierre, la seule liste complète officiellement déclarée est celle du maire sortant Yannick Cambray. Une seconde liste est en cours de constitution, menée par Martin Detcheverry pour le mouvement Ensemble Pour Construire, mais sa composition n’est pas encore finalisée publiquement. Or, dans ce type de scrutin, l’enjeu est majeur : si une seule liste est déposée, elle est élue automatiquement dans son intégralité, sous réserve d’obtenir plus de 50 % des suffrages exprimés, hors votes blancs, nuls et abstention.

Ce scénario serait inédit dans la commune depuis l’instauration du scrutin de liste en 1983. Saint-Pierre a toujours connu plusieurs listes, parfois deux, parfois trois, lors des précédentes municipales. L’absence de concurrence en 2026 marquerait donc un tournant, et poserait une question démocratique évidente : peut-on parler d’élection quand le choix n’existe plus réellement ?

À Miquelon, une stabilité retrouvée après l’épisode de 2020

Du côté de Miquelon, la situation apparaît plus stabilisée. La liste du maire sortant Franck Detcheverry est complète et déjà annoncée. Un contraste net avec les municipales de 2020, où aucun candidat ne s’était présenté au premier tour. La commune avait alors été placée sous gestion provisoire par une délégation spéciale jusqu’à l’organisation d’une élection partielle, quelques mois plus tard.

Cette année, la réforme électorale a modifié les règles afin de tenir compte des réalités des petites communes. Pour Miquelon, commune de plus de 500 habitants avec 15 sièges à pourvoir, la loi autorise désormais le dépôt d’une liste comprenant entre 13 et 15 candidats. Une souplesse prévue pour éviter les blocages et les situations d’impasse, fréquentes dans les territoires où la population est réduite et où l’engagement public repose sur un nombre limité de volontaires.

Parité renforcée : un enjeu national, déjà intégré localement

La réforme électorale de 2025 a également renforcé la logique de parité hommes-femmes, y compris dans les petites communes. Un chantier nécessaire, puisque dans l’ensemble du pays, les femmes restent largement sous-représentées parmi les élus municipaux.

À Miquelon, la réalité est déjà plus avancée que sur le continent : les femmes représentent 55 % du conseil municipal, avec six élues sur onze. Une situation qui montre que, dans les Outre-mer, certaines communes peuvent être en avance sur des débats que la métropole peine encore à trancher.

Dans les prochains jours, l’enjeu principal se jouera donc à Saint-Pierre. Si la seconde liste n’aboutit pas, l’élection pourrait se transformer en formalité, avec une liste unique élue quasi automatiquement. Un scénario rare, mais révélateur d’une fatigue politique locale, et d’une difficulté croissante à mobiliser des candidats dans des territoires où la vie publique repose sur une poignée de personnes.

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