Face à la crise profonde qui frappe la filière nickel, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie prépare un avant-projet de loi du pays visant à autoriser, pour une durée limitée, l’exportation de minerais issus des réserves métallurgiques jusqu’ici protégées. Une évolution sensible du code minier, justifiée par la nécessité de soutenir les usines locales et de préserver l’économie du territoire.

Les sites concernés ne sont pas anodins : Tiébaghi à Koumac, Koniambo à Koné et les latérites du Grand Sud. Ces zones avaient été sanctuarisées afin d’alimenter prioritairement les unités métallurgiques implantées sur le territoire. Ce choix répondait autant à une logique industrielle qu’à une vision politique, consistant à garantir la transformation locale de la ressource et à protéger l’emploi.

Le nouvel avant-projet introduit un régime dérogatoire. Il permettrait d’ouvrir à l’exportation certains minerais issus de ces réserves, pour une durée maximale de dix ans, renouvelable ensuite par périodes de cinq ans. La liste précise des réserves concernées serait fixée par arrêté du gouvernement. L’objectif affiché est clair : donner de l’oxygène aux industriels pour éviter l’effondrement d’un secteur stratégique, tout en leur laissant le temps de retrouver une trajectoire de rentabilité.

Un dispositif strictement encadré pour soutenir les métallurgistes

Le texte encadre cependant cette ouverture. Elle serait réservée aux seuls métallurgistes et conditionnée à la présentation d’un plan d’action crédible vers le redressement économique. Les entreprises devront détailler les mesures envisagées pour assurer la viabilité de leur modèle et préciser les modalités de compensation, notamment financière, liées à l’utilisation de ressources issues des réserves.

Autre garde-fou : la priorité donnée aux opérateurs locaux. À prix équivalent, les cessions entre acteurs calédoniens seraient favorisées par rapport à l’exportation. Il s’agit de maintenir un ancrage territorial fort de la ressource, tout en offrant une souplesse temporaire pour faire face à la conjoncture.

Les minerais visés comprennent notamment certains minerais de chrome dépassant un seuil qui devra être fixé par le Congrès, ainsi que des minerais extraits en périphérie ou en fond de fosse, ou encore ceux nécessaires pour accéder aux gisements valorisés en usine. Autant de volumes qui, sans ce dispositif, resteraient inexploitables ou peu rentables dans le contexte actuel.

Un enjeu économique majeur pour la stabilité du territoire

Ce projet de réforme devra encore être examiné par le Conseil d’État avant de revenir devant le gouvernement, puis le Congrès. Il s’inscrit dans un contexte plus large de décisions économiques et sociales prises par l’exécutif, notamment sur le statut des praticiens hospitaliers, le régime des retraites ou encore la prolongation de l’aide à la continuité territoriale.

Dans le même temps, la direction par intérim du Port autonome a été confiée à Alain Pidjot, après la fin des fonctions de son précédent directeur. Un signal supplémentaire de la volonté de l’exécutif de reprendre la main sur des leviers essentiels à l’économie calédonienne.

Sur un territoire où le nickel demeure la colonne vertébrale industrielle, la question n’est pas seulement technique. Elle touche à l’emploi, à la cohésion sociale et à la capacité de la Nouvelle-Calédonie à rester solidement ancrée dans l’économie nationale et internationale. Dans un contexte fragilisé, la priorité affichée est celle de la survie des outils industriels et du maintien d’une filière stratégique au service du territoire.

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