La justice rappelle fermement les règles. À Nouméa, le tribunal correctionnel a condamné un homme à 70 000 francs d’amende pour des faits de chasse de nuit en réunion, avec arme, sur une propriété privée à Dumbéa. Une affaire révélatrice d’une dérive récurrente : la confusion entretenue entre chasse encadrée et braconnage.
Les faits remontent au 25 août 2023, aux alentours de 2 heures du matin. Les gendarmes interpellent quatre individus dans une servitude proche de la RT1, sur la propriété privée Renard, à Dumbéa. Tous sont équipés en tenue de chasse. Dans leur véhicule, les forces de l’ordre découvrent un fusil et un couteau. Problème majeur : un seul des quatre hommes dispose d’un permis de chasser.
Chasse au cerf… ou intrusion pour voler du bétail ?
Lors de leurs auditions, les mis en cause affirment être venus « chasser le cerf », mais le doute s’installe aussitôt : la propriété Renard est surtout connue pour son élevage bovin, ce qui nourrit la suspicion d’un braconnage déguisé, voire d’une intrusion motivée par autre chose que la recherche de gibier. À l’audience du jeudi 29 janvier, aucun des quatre prévenus ne s’est présenté. Âgés de 30 à 60 ans, tous sont déjà connus de la justice, notamment pour des délits routiers, mais aussi pour des faits similaires à ceux reprochés dans ce dossier : chasse de nuit, braconnage et récidives. Deux représentantes de la province Sud étaient présentes au tribunal : sans réclamer de dommages et intérêts, la collectivité a tenu à appuyer l’action publique et à rappeler les obligations strictes prévues par le code de l’environnement. Elle a ainsi recommandé l’annulation du permis de chasse pour celui qui en possédait un, ainsi qu’une interdiction d’en délivrer aux autres, une position jugée cohérente puisque la chasse ne peut servir de prétexte à l’illégalité, encore moins lorsqu’elle est pratiquée de nuit, armé, en groupe et avec des véhicules motorisés.
Un condamné, trois renvois
Au final, seul le prévenu âgé de 60 ans a été jugé sur le fond et reconnu coupable : il écope de 70 000 francs CFP d’amende ainsi que de la confiscation de son couteau. Les trois autres mis en cause verront, eux, leur dossier rejugé ultérieurement, l’affaire ayant été renvoyée en raison d’un vice de procédure, lié à un défaut de signature sur leurs convocations. Des sanctions d’autant plus significatives que les faits reprochés demeurent particulièrement graves (chasse de nuit en réunion, avec arme et usage d’un véhicule), des infractions pour lesquelles le code de l’environnement prévoit jusqu’à quatre ans d’emprisonnement et sept millions de francs CFP d’amende. Un rappel utile, enfin : l’État de droit ne s’arrête pas aux limites des propriétés privées, et l’ordre public impose que la chasse reste une activité strictement encadrée, surtout dans des territoires où la tentation du braconnage demeure bien réelle.




