La pêche professionnelle en province Sud traverse une nouvelle zone de turbulences. Depuis plusieurs mois, les pêcheurs alertent sur la montée en puissance d’un marché parallèle de vente de poissons, pratiqué en toute illégalité sur les bords de route ou via les réseaux sociaux. Un phénomène qui s’est accentué dans le contexte économique tendu de l’après-crise de 2024 et qui menace directement la survie d’une profession structurée et encadrée.
Près de 120 pêcheurs professionnels dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale. À la différence des circuits officiels, ces vendeurs informels ne supportent ni charges sociales, ni coûts liés aux normes sanitaires, à la sécurité maritime ou aux obligations administratives. Résultat, des prix cassés qui attirent une clientèle fragilisée par la crise, au détriment des professionnels déclarés qui peinent à maintenir une activité viable malgré un travail quotidien intensif.
Cette économie souterraine ne se limite plus aux étals improvisés le long des routes. Les plateformes numériques sont devenues un canal privilégié pour écouler les prises, souvent issues de la pêche de loisir détournée à des fins commerciales. Ces pratiques brouillent les frontières entre activité récréative et activité économique, tout en échappant largement aux règles qui garantissent la traçabilité, la fraîcheur et la sécurité des produits de la mer.
Au-delà de l’impact économique, les risques sanitaires constituent une inquiétude majeure. L’absence de chaîne du froid, de contrôles vétérinaires et de respect des normes d’hygiène expose les consommateurs à des dangers réels. Dans un territoire insulaire où la sécurité alimentaire est un enjeu stratégique, cette dérive alimente un sentiment d’abandon chez les professionnels, qui estiment que l’effort de conformité qu’on leur impose est sapé par l’impunité accordée aux contrevenants.
Face à cette situation, les autorités provinciales et les forces de l’ordre ont renforcé leur vigilance. Les annonces en ligne sont surveillées, les ventes sauvages ciblées et les restaurateurs eux-mêmes soumis à des contrôles afin de vérifier l’origine des produits proposés. Des sanctions sont prévues, allant de lourdes amendes à la saisie du matériel, pour tenter d’assécher ce marché illégal.
Pour les pêcheurs professionnels, l’enjeu dépasse la simple concurrence. Il s’agit de défendre un modèle économique légal, ancré dans le territoire, créateur d’emplois et garant d’une ressource halieutique exploitée de manière responsable. À défaut d’une réponse ferme et durable de l’État et des collectivités, c’est toute une filière essentielle à la souveraineté alimentaire calédonienne qui risque de payer le prix d’un laisser-faire devenu insoutenable.




