Réuni en assemblée générale samedi 31 janvier à Pouébo, le Parti de libération kanak (Palika) a voulu couper court aux rumeurs de divisions internes autour de l’accord Élysée-Oudinot. Devant près de 200 militants, le parti a confirmé qu’il continue de soutenir ce texte, tout en dénonçant une “instrumentalisation” des réserves exprimées récemment par Paul Néaoutyine, figure historique du mouvement et président de la province Nord.
L’assemblée, qualifiée de “déterminante” par le Palika, s’est tenue à la tribu de Tchambouen, avec la participation de 27 structures sur les 30 que compte le parti. Un signal clair : l’organisation entend afficher une ligne politique unifiée, dans un contexte calédonien déjà fortement instable.
Quelques jours auparavant, Paul Néaoutyine avait formulé des doutes lors d’une assemblée provinciale, estimant qu’il existait “peu de continuité” entre l’accord de Nouméa et les nouveaux textes. Une prise de parole immédiatement scrutée, amplifiée et utilisée par certains pour alimenter l’idée d’une fracture au sein du parti.
Mais le Palika a choisi de verrouiller la communication. Son porte-parole, Judickaël Selefen, assure que ces propos relevaient du cadre institutionnel de Paul Néaoutyine et qu’ils ont été “instrumentalisés”. Selon lui, l’accord signé à Paris en janvier par Jean-Pierre Djaïwé et Adolphe Digoué n’est pas remis en cause.
Autodétermination, “hyper-provincialisation” : le parti veut rassurer
Conscient de la confusion et des inquiétudes dans l’opinion, le Palika annonce qu’il organisera des séances d’explication à destination de la population. Le but : clarifier les modalités prévues pour la mise en œuvre de l’autodétermination et répondre aux craintes liées à une possible partition ou à une “hyper-provincialisation” de la Nouvelle-Calédonie.
Derrière les mots, c’est bien un enjeu politique majeur : l’accord Élysée-Oudinot, présenté comme un complément à l’accord de Bougival, s’inscrit dans une séquence institutionnelle très sensible. Et dans ce climat, chaque ambiguïté est immédiatement exploitée, souvent au détriment de la stabilité.
Municipales et provinciales : unité affichée, calendrier incertain
Au-delà du débat institutionnel, le Palika a également abordé les élections municipales de mars prochain. La ligne retenue se veut pragmatique : laisser les structures locales décider de la stratégie en fonction des réalités de terrain, commune par commune.
L’objectif reste néanmoins l’unité. Le parti évoque clairement la possibilité de listes communes, notamment avec l’Union calédonienne ou d’autres composantes, selon les situations locales.
Enfin, concernant les élections provinciales, l’accord prévoit un report d’ici la fin 2026. Pourtant, le Palika a mentionné dans son ordre du jour un scrutin en juin. Ce n’est pas une erreur, affirme Judickaël Selefen : tant que l’accord signé à Paris n’a pas été validé par le Parlement, le cadre juridique actuel demeure, et avec lui un calendrier qui, officiellement, fixe encore les provinciales à juin.
Une position qui illustre la réalité du moment : en Nouvelle-Calédonie, la politique avance sur un terrain mouvant, où l’incertitude institutionnelle alimente les tensions, et où la moindre phrase devient une arme.




