En déplacement à Nouméa, une délégation de députés macronistes a clairement appelé l’État à sortir de l’attentisme sur le dossier calédonien. Face à l’urgence institutionnelle et économique, ces parlementaires réclament l’application rapide de l’accord de Bougival et la fin du gel du corps électoral, quitte à assumer un décalage avec la ligne prudente défendue par Paris.
Pendant cinq jours, dix députés du groupe Ensemble pour la République ont multiplié les rencontres en Nouvelle-Calédonie. Leur message est resté constant : l’accord de Bougival, signé en juillet dernier entre l’État et les partenaires politiques locaux, doit désormais être mis en œuvre. Pour ces élus, il n’est plus question de tergiverser ni de rouvrir des négociations sans fin, alors que le territoire reste fragilisé par l’instabilité politique et les violences de 2024.
Guillaume Kasbarian, député d’Eure-et-Loir et ancien membre du gouvernement, a insisté sur la portée du texte. Selon lui, Bougival constitue un accord politique à part entière et non un document provisoire destiné à être réécrit. Une position partagée par Prisca Thévenot, députée des Hauts-de-Seine, qui a rappelé la nécessité de donner enfin à la Nouvelle-Calédonie une trajectoire institutionnelle claire, condition indispensable au retour de la confiance et de l’investissement.
Le gel du corps électoral, une impasse démocratique
Au cœur de la crispation figure la question du corps électoral. À quelques mois des élections provinciales prévues en juin, les députés macronistes refusent catégoriquement l’idée d’un scrutin organisé avec un corps électoral inchangé. Pour eux, maintenir ce gel revient à priver durablement une partie de la population de ses droits civiques, au mépris des principes républicains.
Guillaume Kasbarian a dénoncé une situation qu’il juge contraire à toute logique démocratique, rappelant qu’aucun territoire de la République ne saurait accepter une telle restriction sans alimenter les frustrations et les tensions. Cette position tranche avec celle du gouvernement central, qui préfère temporiser et privilégier le dialogue, dans un contexte politique national marqué par l’absence de majorité claire à l’Assemblée.
Sur le plan économique, les députés ont également appelé l’État à passer des annonces aux actes. S’ils se montrent prudents sur la transformation immédiate des prêts accordés à la Nouvelle-Calédonie en subventions, ils insistent sur la nécessité de déployer rapidement les dispositifs de soutien promis. La défiscalisation en faveur des entreprises locales est notamment perçue comme un levier essentiel pour relancer l’activité et préserver l’emploi, dans un territoire déjà lourdement éprouvé.
Derrière cette prise de position, c’est aussi une fracture qui apparaît au sein du camp présidentiel. À l’initiative de ce déplacement, Gabriel Attal, président du groupe Ensemble pour la République, affiche une ligne plus volontariste que celle de l’Élysée. Emmanuel Macron, affaibli par la dissolution et privé de majorité parlementaire, dispose de marges de manœuvre réduites pour engager une réforme constitutionnelle d’ampleur.
À une semaine des discussions prévues à Paris sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie, le message des députés macronistes est clair : l’immobilisme n’est plus une option. Reste à savoir si l’État saura entendre cet appel à l’autorité et à la clarté, conditions indispensables pour stabiliser durablement un territoire qui demeure pleinement français et qui attend des décisions à la hauteur des enjeux.




