La colère monte contre une décision budgétaire jugée brutale et injustifiée. En Nouvelle-Calédonie, onze organisations syndicales et patronales alertent sur une dérive : l’utilisation du Fonds social de l’habitat (FSH) comme simple levier de financement public, au mépris de sa vocation sociale initiale. Pour elles, “la contribution du FSH n’est pas une variable d’ajustement budgétaire”.

En cause : un amendement adopté le 23 décembre 2025 par le Congrès, modifiant les règles du fonds et augmentant fortement sa contribution. Concrètement, la contribution du FSH est portée à 30% pour les années 2026, 2027 et 2028. Les institutions présentent cet effort comme “juste, responsable et limité dans le temps” afin de sécuriser l’aide au logement.

Mais du côté des partenaires sociaux, l’explication ne passe pas.

Un fonds social financé par salariés et entreprises

Les signataires dénoncent un détournement clair : selon eux, les contributions versées par les entreprises et les salariés ne doivent pas servir à compenser des “choix budgétaires inappropriés”. Ils parlent même d’une “captation de ressources qui n’appartiennent pas aux institutions”.

Il faut rappeler ce qu’est le FSH : ce fonds remonte aux années 1960. Il est né d’un conflit social autour de la SLN, où l’on avait préféré créer un mécanisme dédié au logement plutôt qu’une hausse immédiate de salaires de 2%. Depuis, cette contribution, parfois appelée “2% FSH”, vise à favoriser l’accès à la petite propriété et au logement locatif à loyers modérés pour les salariés, retraités, demandeurs d’emploi et certains bénéficiaires de pensions.

En 2024, le dispositif comptait 9 620 bénéficiaires pour un total de 3,5 milliards de francs pacifiques.

Une hausse décidée sans concertation

Autre élément explosif : le FSH affirme avoir découvert cette hausse sans en avoir été informé en amont. Le fonds indique que seules des subventions avaient été envisagées par sa direction, et non une modification structurelle de sa contribution.

Dans un contexte économique déjà fragilisé, le FSH observe d’ailleurs une baisse des versements, tout en continuant à soutenir financièrement les bailleurs sociaux calédoniens, notamment via des emprunts à taux zéro. Une action utile, mais qui ne devait pas, selon lui, conduire à une ponction plus lourde.

Les partenaires sociaux demandent des comptes

Les onze organisations exigent désormais d’être reçues rapidement par la présidente du Congrès, afin d’obtenir des explications et d’ouvrir une discussion de fond.

Car derrière ce dossier technique, une question politique majeure se pose : jusqu’où peut-on faire payer les salariés et les entreprises pour combler les trous d’une gestion publique en crise, au risque de fragiliser un outil social construit précisément pour protéger les Calédoniens les plus exposés ?

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