Un rapport d’une ONG norvégienne affirme que les essais nucléaires menés depuis 1945 continueraient à provoquer des millions de morts à travers le monde, des décennies après les dernières explosions. En s’appuyant sur des données sanitaires et environnementales, l’organisation Norwegian People’s Aid dresse un tableau alarmiste des conséquences à long terme des essais, notamment dans d’anciens territoires coloniaux, dont la Polynésie française. Un document volumineux, à forte charge symbolique, qui s’inscrit aussi dans un contexte international marqué par le retour des tensions stratégiques.
Les auteurs soutiennent que les retombées radioactives auraient touché l’ensemble de la population mondiale et que les communautés proches des sites d’essais paient encore un lourd tribut sanitaire et social. En Polynésie, certains témoignages rappellent la souffrance de familles confrontées à des pathologies graves, alimentant un sentiment durable d’injustice. Ces réalités humaines ne peuvent être niées et justifient une attention constante de l’État envers les populations concernées.
Pour autant, ce rapport, largement militant, mérite d’être lu avec esprit critique. Les chiffres avancés plusieurs millions de décès imputés indirectement aux essais reposent sur des extrapolations contestées par une partie de la communauté scientifique. Le document tend également à amalgamer toutes les puissances nucléaires, sans distinguer les contextes historiques, les niveaux de responsabilité ni les dispositifs mis en place depuis plusieurs décennies.
S’agissant de la France, le débat ne date pas d’hier. La République a reconnu une dette morale envers la Polynésie française et a instauré dès 2010 un cadre légal d’indemnisation des victimes des essais nucléaires, régulièrement amélioré. Ce dispositif, perfectible comme toute politique publique, existe précisément parce que la France assume son histoire et refuse le déni. C’est sur ce terrain celui de la responsabilité, de la transparence et de la réparation que le sujet doit être traité, et non dans une logique de culpabilisation globale qui sert trop souvent des agendas idéologiques hostiles au lien national.
Les Outre-mer ne sont pas des territoires périphériques sacrifiés, mais une composante pleine et entière de la France. Reconnaître les blessures du passé ne doit jamais conduire à affaiblir l’unité nationale ni à nourrir des discours de rupture. Au contraire, c’est par un État fort, responsable et présent que les réponses durables peuvent être apportées, au bénéfice de tous les Français, de l’Hexagone comme des Outre-mer.




