À Saint-Pierre de La Réunion, la faculté de médecine participe ce vendredi 30 janvier aux “Nuits de la psychiatrie”, une opération nationale destinée à attirer davantage d’étudiants vers une spécialité en grande tension. Speed dating avec des psychiatres, échanges informels, conférences ou projections : l’objectif est clair, casser les préjugés et susciter des vocations dans un domaine où les besoins explosent mais où les candidats manquent.

L’événement, organisé dans 24 universités françaises, s’inscrit dans une dynamique lancée en 2024 sous le nom de campagne “Choisir psychiatrie”. Après une première édition plus limitée, l’initiative prend de l’ampleur et vise notamment les étudiants qui hésitent encore à s’orienter vers cette discipline.

Le principe est le même dans les différentes facultés participantes : la soirée commence par une série de rencontres rapides entre étudiants et professionnels, puis se poursuit selon les villes avec une conférence, un film, des présentations ou d’autres formats, le tout dans un cadre assumé comme détendu et attractif.

Une pénurie préoccupante, malgré une légère progression

Cette opération n’a rien d’anecdotique : elle répond à une réalité inquiétante. Au concours de sixième année qui conditionne le choix des spécialités, 554 postes en psychiatrie étaient proposés en 2025, mais seuls 468 ont trouvé preneur. Résultat : 15% des postes sont restés vacants, malgré une amélioration relative du classement de la discipline dans les choix des étudiants.

Pour les organisateurs, ce chiffre confirme une urgence nationale. La psychiatrie, pourtant essentielle au bon fonctionnement du système de santé, reste boudée alors même que la souffrance psychique progresse dans toute la société, y compris dans les territoires ultramarins.

Une spécialité qui effraie encore trop d’étudiants

Les freins restent puissants. Une étude menée en 2024 montre que la psychiatrie inquiète une part importante des étudiants en médecine : 37% déclarent en avoir peur. Un chiffre qui baisse à 24% chez ceux ayant déjà effectué un stage dans la spécialité, signe que le contact avec le terrain fait tomber une partie des idées reçues.

À travers ces soirées, l’enjeu est donc aussi de rétablir une vérité simple : la psychiatrie est une médecine à part entière, exigeante, structurée, indispensable, et non une discipline marginale. À La Réunion comme ailleurs, le manque de psychiatres est un sujet de santé publique, mais aussi d’ordre social, car les conséquences d’une prise en charge insuffisante se répercutent sur les familles, l’école, la sécurité et la cohésion collective.

Les organisateurs rappellent enfin que d’autres pays ont dû engager des plans lourds et durables pour renverser la tendance : au Royaume-Uni, une politique publique de grande ampleur a mis sept ans avant de produire des résultats significatifs.

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