Une étude publiée le 6 mars par des chercheurs de l’université de Montpellier, du CNRS et de l’IRD dresse un constat préoccupant sur l’état des populations de poissons dans les récifs tropicaux. Malgré la multiplication des aires marines protégées, la pression humaine continue de provoquer un déclin marqué de nombreuses espèces.

Des protections jugées insuffisantes

Les scientifiques ont analysé des données issues de plus de 2 800 récifs tropicaux à travers le monde, de l’Australie aux Caraïbes en passant par l’Afrique de l’Est et les Galápagos. Le résultat est sans appel : la biomasse des poissons prédateurs a chuté de plus de 120 % à l’échelle mondiale. Les populations de poissons consommés par l’homme ont, elles, diminué d’environ 40 %.

Les chercheurs constatent que les aires marines protégées ne compensent qu’une faible part des pertes. Selon leurs estimations, les mesures actuelles permettraient de récupérer environ 29 % des poissons destinés à la consommation et à peine 5 % des grands prédateurs.

Ces espaces protégés peuvent produire des effets positifs, mais ils restent insuffisants pour inverser les décennies de dégradation liées à la surpêche, au changement climatique et à la pression humaine.

Une exception existe toutefois : les réserves marines strictement protégées, où toute activité de pêche est interdite et qui existent depuis plus de dix ans. Dans ces zones, les bénéfices pour la biodiversité sont nettement plus visibles.

Les chercheurs pointent également un problème de mise en œuvre. De nombreuses aires marines protégées seraient en réalité peu contraignantes ou insuffisamment surveillées, ce qui limite fortement leur efficacité. Certains scientifiques parlent ainsi de « réserves de papier », dont la protection reste essentiellement théorique.

La France, qui possède le deuxième espace maritime mondial grâce à ses Outre-mer, s’est engagée à protéger 30 % de ses eaux d’ici 2030, dont 10 % de manière stricte. Si l’objectif global est déjà atteint en surface, la part réellement protégée de façon stricte reste encore limitée.

Face à ce constat, les chercheurs appellent à un changement plus profond des pratiques humaines, notamment en matière de consommation et de techniques de pêche, afin de préserver durablement les écosystèmes marins.

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