Le cours de l’or flambe et atteint des niveaux historiques, au-delà de 138 euros le gramme. Une envolée alimentée par un cocktail explosif : tensions géopolitiques, incertitudes économiques et retour massif des investisseurs vers la valeur refuge par excellence. Pour la Guyane, territoire aurifère par nature, la hausse pourrait ressembler à une bonne nouvelle. En réalité, elle souligne surtout une occasion perdue, car la manne profite d’abord à l’orpaillage illégal, au détriment de l’économie locale, de l’État de droit et de l’environnement.

Une richesse immense, mais largement théorique

La Guyane est régulièrement décrite comme l’un des territoires les plus dotés en ressources aurifères. Depuis le XIXe siècle, environ 600 tonnes d’or y ont été extraites. Et les réserves encore présentes dans le sous-sol sont estimées à au moins 200 tonnes d’or primaire, soit une valeur théorique d’environ 27,6 milliards d’euros aux cours actuels. Des montants vertigineux, sans commune mesure avec les capacités budgétaires locales. Sur le papier, la Guyane pourrait être un moteur économique. Sur le terrain, cette richesse reste hors d’atteinte.

Le contraste est brutal. En 2024, l’or extrait et officiellement déclaré ne s’élevait qu’à 1,6 tonne. Les raisons sont connues : un cadre réglementaire strict, des procédures longues, des normes environnementales exigeantes, et une pression constante pour protéger les cours d’eau, la biodiversité et les populations. Ce cadre est légitime, mais il rend l’exploitation légale lourde, lente, coûteuse et parfois décourageante.

Pendant ce temps, l’orpaillage clandestin avance sans frein. Les estimations évoquent au moins 6 tonnes d’or extraites illégalement en 2025. Avec des méthodes destructrices, notamment l’usage du mercure, toxique pour l’environnement et la santé humaine. Et avec, en toile de fond, une économie criminelle qui prospère sur l’isolement des zones, la porosité des frontières et le prix record du métal.

Malgré les opérations répétées de lutte contre l’orpaillage illégal, le phénomène persiste. La logique est implacable : plus l’or monte, plus le risque devient rentable, plus les filières clandestines s’organisent, plus la pression sur la forêt augmente. La Guyane se retrouve ainsi dans une situation absurde et dangereuse : son sous-sol vaut de l’or, mais ce sont les réseaux illégaux qui encaissent, pendant que le territoire encaisse les dégâts.

Au final, la flambée du métal jaune agit comme un révélateur. La Guyane n’est pas pauvre, elle est empêchée de bénéficier de sa richesse, parce que l’or légal reste minoritaire et que l’or illégal domine, salit, détruit et finance des circuits parallèles. Tant que cet équilibre ne sera pas renversé, chaque record du cours mondial ressemblera moins à une chance qu’à une menace.

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