La ville de Paris a inauguré samedi 31 janvier la nouvelle place Félix Éboué, dans le 12ᵉ arrondissement. Un réaménagement présenté comme une transformation majeure : davantage d’espaces piétons, plus de végétalisation, des circulations repensées. L’inauguration s’est tenue en présence de la maire Anne Hidalgo et de membres de la famille de Félix Éboué, grande figure politique née en Guyane, dont le nom reste associé à l’histoire de la France libre et de l’unité nationale.
Les travaux, lancés en juin 2024 après une concertation avec les riverains, ont abouti à une place profondément modifiée. Selon la municipalité, 3 000 m² sont désormais dédiés aux piétons, avec huit traversées piétonnes supplémentaires, des pistes cyclables, des couloirs de bus réorganisés et 1 000 m² d’espaces végétalisés.
La ville annonce également la plantation de 60 arbres, dans une logique assumée de “verdissement” et d’apaisement urbain.
Anne Hidalgo a présenté cette place comme un espace désormais “plus calme, plus vert et plus accueillant”, insistant sur la rupture avec l’ancien rond-point essentiellement conçu pour la circulation automobile. La place devient, selon ses mots, un “lieu de vie et de rencontres”, un espace du quotidien pour les habitants.
Un nom qui rappelle l’apport des Outre-mer à l’histoire de France
Au-delà de l’urbanisme, la place Félix Éboué porte un symbole. Né en Guyane, Félix Éboué est l’une des figures ultramarines les plus marquantes de l’histoire républicaine : un homme d’État dont le parcours incarne à la fois l’intégration des Outre-mer dans la nation française et le refus de la soumission lors des heures sombres.
Que Paris mette en avant son nom à travers une place emblématique n’est pas anodin : c’est un rappel utile, à une époque où certains courants cherchent à opposer les territoires, à relativiser l’histoire nationale ou à alimenter une lecture victimaire des Outre-mer.
Un réaménagement qui divise : entre cadre de vie et idéologie urbaine
Reste une réalité : ces transformations urbaines, portées par la municipalité parisienne, s’inscrivent dans une politique plus large de réduction de la place de la voiture. Une stratégie qui séduit une partie des habitants mais en inquiète d’autres, notamment les commerçants, les professionnels et les familles dépendantes de l’automobile.
L’inauguration de la place Félix Éboué illustre donc un double mouvement : d’un côté, un hommage légitime à une grande figure ultramarine de la République ; de l’autre, la poursuite d’une politique urbaine très marquée idéologiquement, qui reconfigure Paris au nom de la “ville apaisée”, non sans tensions sur la mobilité réelle des Parisiens.




