La rencontre organisée à Papeete entre le président polynésien Moetai Brotherson, son ministre des Ressources marines Taivini Teai et la représentante du ministère des Ressources marines des Îles Cook marque une étape symbolique mais stratégique dans la coopération océanienne. Derrière l’annonce d’un futur « protocole d’accord », se dessine une volonté partagée : reprendre la main, à l’échelle régionale, sur la gestion durable des ressources marines.
Dans un contexte de baisse des taux de capture et de pression accrue sur les stocks halieutiques, les deux territoires font face à des défis similaires. Pour des économies insulaires fortement dépendantes de la pêche, l’enjeu n’est plus seulement productif, mais existentiel : comment maintenir des filières viables sans épuiser un capital naturel déjà fragilisé par le changement climatique et la surexploitation industrielle ?
Le protocole d’accord envisagé vise précisément à structurer des actions communes, en croisant développement durable, stabilité économique et protection des intérêts locaux. Il s’agit d’un glissement important : la pêche n’est plus pensée uniquement comme une activité extractive, mais comme un pilier d’une « économie bleue » à long terme, intégrant aquaculture, pêches côtières et lagonaires, et renforcement des capacités locales.
Au-delà des aspects techniques, cette démarche traduit aussi une affirmation politique. Face aux grandes puissances de pêche et aux accords internationaux souvent déséquilibrés, la Polynésie française et les Îles Cook entendent parler d’une voix plus coordonnée. La coopération régionale devient ainsi un outil de souveraineté, permettant aux territoires insulaires de peser davantage dans la gouvernance du Pacifique.
Si le protocole reste à formaliser, l’intention est claire : passer d’une gestion isolée et parfois défensive des ressources marines à une stratégie concertée, fondée sur la durabilité et la solidarité régionale. Un signal fort dans une zone où l’océan est à la fois ressource, frontière et avenir.




